Des signes toujours très présents du passé soviétique

 

Russie Canal Volga_Baltique Ouglich Lénine

Plus de drapeaux et d’étoiles rouges, plus de slogans révolutionnaires, plus de pin’s aux revers des vestons et plus de photographies du premier secrétaire du PCUS. Et plus de statue de Félix Dzerjinski, le fondateur de la Tcheka, le premier service de renseignement soviétique, sur la place Loubianka à Moscou ! Les monuments à Staline avaient déjà disparu depuis les années 50 et, à Moscou, les autres monuments aux gloires du régime communiste ont généralement été exilés dans le parc des statues déchues situé autour de la nouvelle galerie d’art Trétiakov (parc des Arts).

Sur les bâtiments officiels flotte désormais le drapeau de la Fédération de Russie à trois bandes horizontales blanc, bleu et rouge. Ce drapeau avait été utilisé par la marine marchande russe sous le règne de Pierre le Grand (1682 / 1725), il deviendra drapeau national lors du couronnement de Nicolas II en 1896. La couleur rouge signifierait la souveraineté, la puissance, la bleue, la couleur de la Vierge-Mère protégeant la Russie, la blanche, la couleur de la liberté et de l’indépendance.

Mais toute référence au régime communiste n’a pas disparu pour autant, Marx est bien présent sur la place de la Révolution, derrière la place Rouge et devant le Bolchoï, les étoiles rouges à cinq branches sont demeurées sur les toits des tours du Kremlin comme sur cinq des sept sœurs[1] et la très grande bibliothèque de Moscou s’appelle toujours la « Lénina ». Et puis, il était bien difficile d’enlever tous les blasons de l’ex-URSS, en marbre ou en métal, sur les bâtiments officiels de même des faucilles, marteaux, étoiles rouges, kolkhoziennes et ouvriers révolutionnaires, soldats de la Grande Guerre Patriotique présents sur nombre de bas-reliefs d’immeubles, d’entreprises ou des stations de métro. Toute cette quincaillerie prolétarienne à la figuration très réaliste est donc généralement restée en place, contrebalancée toutefois par l’érection de nouvelles églises.

Il faut néanmoins constater des changements subtils dans les visites organisées pour les touristes étrangers. A Saint-Pétersbourg, à Smolny, on ne visite plus le musée Lénine au sein du pensionnat des jeunes filles de la noblesse mais la cathédrale de la Résurrection du couvent ; dans la forteresse Pierre et Paul, les visiteurs sont conduits à la cathédrale où sont enterrés tous les tsars russes depuis Pierre le Grand et non plus dans les cachots de la citadelle qui avaient hébergés Dostoïevski et les révolutionnaires russes ; enfin, la visite du croiseur « Aurore » n’est plus obligatoire ! A Moscou, c’est la visite du mausolée de Lénine qui n’est plus inscrite automatiquement et d’autorité dans les circuits touristiques.

Si, à Moscou, un certain nombre de statues de Marx, Lénine, Dzerjinski et même Pouchkine (qu’avait-il donc fait pour mériter ça ? Ah, non, il est dans une autre section, celle de la littérature !) ont été regroupées dans le parc des statues de la Galerie Trétiakov, dans les villes et villages, à l’exception de Staline qui avait accumulé trop de haine, tout est resté en place et continue à être entretenu et à être régulièrement fleuri. La stèle ornée d’un médaillon de Lénine, au barrage du haut-Svir, précise « Lénine a vécu, Lénine vit, Lénine vivra »… et il n’est manifestement pas judicieux de « rire sous cape » comme le suggère le petit guide « La Russie par ses fleuves »[2] car la stèle est positionnée derrière un petit parterre de fleurs soigneusement jardiné.

C’est que les Russes apparaissent savoir ce qu’ils doivent à leurs parents et à leurs dirigeants, même s’il y eut de graves erreurs, des crimes, dans le développement du pays pour la sortie du féodalisme et dans la lutte contre les nazis qui se sont comportés ici avec une rare violence. Au travers des présentations historiques qui sont faites par les guides et animateurs, c’est Staline et sa clique qui endossent toutes les critiques.

Je m’incline devant l’océan infini de la science,
J’aime mon siècle de raison, mon siècle plein d’expérience…
Mais dommage quand même que nous rêvions comme autrefois d’idoles,
Et que parfois nous nous prenions tous pour des esclaves[3].


[1] Il s’agit de sept gratte-ciels, érigés de 1947 à 1955, aux profils similaires, surnommés les « Sept Sœurs de Moscou ».

[2] Howard Shernoff et Tania Samofalova. « La Russie par ses fleuves ». 2002.

[3] Boulat Okoudjava. « Dommage quand même ». 1990 ?

Liste des articles sur la voie navigable Moscou / Baltique

Télécharger le document intégral