Le baroque élisabéthain – Saint-Pétersbourg plus classique que baroque

 

Russie St Petersbourg Institut Smolny

Les visites guidées de Saint-Pétersbourg privilégient généralement l’architecture baroque. Sous le règne d’Elisabeth 1ere, de 1741 à 1761, l’architecture de la capitale est marquée par le style baroque de Francesco Bartolomeo Rastrelli (1700 / 1771) un architecte italien venu en Russie en 1716 avec son père, Carlo Bartolomeo Rastrelli. Il est notamment l’architecte du Palais d’hiver (1754 / 1762), de la cathédrale de la Résurrection à Smolny (1748 / 1764), du palais Catherine à Tsarskoïe Selo (1752 / 1756).

Rappelons que le style baroque s’invente à Rome à la fin du XVIe siècle, avec notamment la façade de l’église du Gesù (1584, de Giacomo della Porta). On considère souvent que l’architecture baroque est caractérisée par l’opulence de l’ornementation, c’est oublier qu’elle est avant tout une recherche de dynamisme, voire de théâtralité des monuments en utilisant les formes courbes, les décrochages, les effets de trompe-l’œil (Le Bernin, Borromini). Dès le milieu du XVIIe siècle, l’admiration de l’antiquité remplacera progressivement le style baroque par le style classique, d’autant que seront ensuite découvertes Pompéi et Herculanum au début du XVIIIe siècle.

Le baroque des châteaux élisabéthain de Rastrelli apparaît toutefois comme une synthèse entre style baroque et style classique. Du baroque il utilise les effets de surface, saillies des avant-corps, demi-colonnes et pilastres colossaux, corniches à ressauts imposantes, atlantes, décoration somptueuse ; du classique il retient la longueur et la linéarité des façades pour créer une architecture de grandeur, destinée à glorifier la puissance du tsar.

L’œuvre la plus baroque de Rastrelli est la cathédrale de la Résurrection à Smolny dans laquelle il réussit à introduire les caractéristiques des églises russes, plan en croix grecque inscrit dans un carré, avec quatre églises secondaires dans les coins, présence de cinq bulbes, dans une composition dynamique toute italianisante. Le bulbe central est transformé en coupole sur un haut tambour à deux étages et surmontée d’une lanterne coiffée d’un petit bulbe, et les quatre bulbes périphériques sont transformés en autant de hauts clochers posés en diagonale. Virtuosité et audace !

Toutefois il semble que le baroque élisabéthain resta le style de la capitale, avec un nombre restreint de réalisations, et toucha très peu la province à un moment où le style baroque est finissant en Europe et où le clacissisme s’impose (1660 / 1680).

« Dans l’architecture d’alors, se juxtaposent des influences du clacissisme français et des œuvres qui rejoignent la tradition romaine du Bernin, de Borromini ou de Rainaldi. L’un des principaux animateurs en a été Rastrelli. C’est du baroque en Russie, ce n’est pas du baroque russe »[1].

Au début de son règne (1762 / 1796), Catherine II crée une « Commission de la construction en pierre à Saint-Pétersbourg et à Moscou » avec pour fonction d’agréer les projets d’urbanisme et de veiller à l’esthétique architecturale des deux capitales russes. L’impératrice fait venir à Saint-Pétersbourg les architectes écossais Charles Cameron (1743 / 1812) et italien Giacomo Quarenghi (1744 / 1817), deux architectes représentants du style classique qui fait alors la loi en Europe, le style baroque étant désormais considéré comme trop chargé, ampoulé, à un moment où la monarchie constitutionnelle anglaise devient la référence politique.

Saint-Pétersbourg se couvre alors de bâtiments de style classique : l’académie des beaux-arts (1765 / 1794), le Palais Saltykov (1784), la Galerie de Tsarskoïé Sélo (1779 / 1793). Cette orientation architecturale est poursuivie par les petit-fils de Catherine la Grande, Alexandre 1er (1801 à 1825) avec le bâtiment de l'ancienne bourse (1805 / 1810) en forme de temple grec, l'amirauté (1806 / 1823), les écuries impériales (1817 / 1837), le bâtiment de l’Etat-Major (1819 / 1821) en forme d’hémicycle comprenant en son centre un double arc de triomphe surmonté d'un quadrige romain, puis de Nicolas 1er (1825 / 1855) avec l’église de la Trinité (1828 / 1835), le Théâtre Alexandra (1832), le bâtiment du Sénat place des Décembristes (1843).

Saint-Pétersbourg est, à mon sens, plus classique que baroque.


[1] Victor-Louis Tapié. « Baroque et clacissisme ». 1980.

Liste des articles sur la voie navigable Moscou / Baltique

Télécharger le document intégral