Un renouveau de la construction d’églises - Les particularités des édifices et du culte orthodoxes

 

Russie Canal Volga_Baltique Ouglich Couvent de l'Epiphanie

Après que les Soviétiques eurent détruit nombre d’églises, les Russes se mirent à les reconstruire ! Pour certaines avec bonheur, comme la petite église rouge et blanche de la Vierge de Kazan sur la Place Rouge. Construite en pierre au XVIIIe siècle, elle fut détruite en 1936 et reconstruite par la municipalité de 1990 à 1993. Pour d’autres plus par représailles vis-à-vis du passé soviétique tant l’original était laid ! La cathédrale du Christ-Sauveur a été édifiée entre 1839 et 1883 en mémoire de la victoire de la Russie sur Napoléon Ier dans un style dit « russo-byzantin », avec quelques parentés avec le style de notre Sacré-Cœur parisien. Elle fut détruite par Staline en 1931, non parce qu’il détestait les pastiches, mais parce qu’il souhaitait faire pire : un palais des Soviets de 300 mètres de haut, couronné d’une statue de Lénine en complet-veston de 100 mètres. Interrompu par la Seconde Guerre mondiale, les fondations du projet ont alors été occupées par la plus grande piscine à ciel ouvert du monde. La cathédrale fut finalement reconstruite, quasiment à l’identique (et donc toujours aussi laide), entre 1995 et 2000.

Pour un voyageur de l’Ouest européen, habitué aux architectures religieuses romanes, gothiques voire renaissances ou baroques, les églises orthodoxes russes ne manquent pas d’un certain « exotisme » ! Bien évidemment, il s’agit en tout premier lieu des coupoles en forme de bulbes, posées généralement sur un haut et étroit tambour. Leur origine est bien sûr byzantine, la coupole hémisphérique figurant le ciel où réside l’Être Divin. La neige trop lourde menaçant la structure des dômes classiques, celle-ci est rehaussée par le tambour et le dôme prend la forme d’un bulbe. On raconte que la forme des bulbes évoquerait la flamme d'un cierge ou s'inspirerait de la coiffe traditionnelle des femmes russes, mais l’argument me semble plus poétique ou idéologique que pratique. Leur nombre est souvent impair en raison du dôme central, mais il est toujours symbolique : un dôme représente le Christ ; trois, la Trinité, Dieu le père, Jésus-Christ et le Saint-Esprit ; quatre, les Evangélistes, Matthieu, Luc, Marc et Jean ; cinq,  Jésus avec les Evangélistes (le cas le plus courant) ; sept, les 7 sacrements de l'Église, baptême, onction, eucharistie, confession, mariage, ordination, sacrement des malades ; treize, Jésus avec les douze apôtres ; et parfois 33 pour l'âge du Christ. Ils peuvent être dorés et représentent alors la Gloire de Dieu, la couleur verte symbolise le Saint-Esprit ou un saint particulier, la couleur bleue décorée d’étoiles signifie que l’église est dédiée à la Vierge.

Si les dômes sont l’élément le plus spectaculaire, ils correspondent néanmoins à une architecture particulière des églises orthodoxes : une croix grecque inscrite dans un carré, délimitant ainsi neuf cellules carrées (parfois précédées d’un narthex). Sur ces neufs cellules sont donc généralement placés cinq dômes, un dôme central et un sur chacune des cellules en coin. Si le tambour du dôme central est ouvert sur la nef et souvent percé d’ouvertures, les tambours et dômes secondaires peuvent être strictement décoratifs et non ouverts sur la salle de prière. La structure généralement étroite de l’église orthodoxe, à l’inverse des églises catholiques en forme de croix latine donnant plus d’espace intérieur, est aussi liée à la manière dont se déroule les cérémonies : les fidèles se tiennent debout dans la nef pendant une cérémonie qui dure 2 heures, mais ils peuvent ne rester que 10 minutes.

Enfin, le sanctuaire est séparé de la nef par une cloison recouverte d'icônes placées traditionnellement en cinq rangées superposées, l’iconostase. Elle symbolise la venue du Royaume de Dieu parmi les hommes, afin que les hommes puissent entrer dans le Royaume de Dieu, « elle n’est pas un signe de séparation, mais un trait d’union, de communication entre l’autel et la nef, entre le ciel et la terre, entre l’éternité et le temps, entre le Créateur et la création ». Le sanctuaire est seulement accessible aux prêtres et au tsar par les « Portes Saintes » ou « Portes des tsars », au centre de l’iconostase. Les colonnes qui soutiennent la coupole centrale et les murs souvent aveugles sont généralement couverts de fresques.

D’autres églises, si elles ne furent pas démolies pendant la période soviétique, reçurent différentes affectations comme celle du couvent de l’Epiphanie de la petite ville d’Ouglitch : elle servit de gymnase ! A défaut de préserver les icones et les fresques, cela permettait au moins de conserver le bâti. Peut-être ces églises n’avaient-elles pas toutes un grand intérêt architectural, mais elles faisaient au moins partie du patrimoine historique et paysager. Progressivement toutes ces églises sont restituées au culte orthodoxe.

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