Avant le baroque élisabéthain, le baroque pétrovien – Et avant celui-ci, le baroque « Narychkine » ou « baroque moscovite »

 

Russie Moscou Monastère Novodievitchy

Avant le baroque élisabéthain, Saint-Pétersbourg avait déjà connu quelques œuvres baroques. En 1712, Pierre Ier de Russie (Pierre le Grand, 1672 / 1725),  avait décidé de transférer sa capitale de Moscou à Saint-Pétersbourg, ville qu'il entendait aménager selon un modèle européen. Pour ce faire, il avait invité de nombreux artistes européens à collaborer à la construction de sa nouvelle capitale : Jean-Baptiste Alexandre Le Blond (premier château de Peterhof), Domenico Trezzini (forteresse et cathédrale Pierre et Paul, Palais d’été), Nicola Michetti (projets d’urbanisme), Georges Mattarnovi (second palais d’hiver).

Bien sûr, chacun d’eux venait avec ses traditions et références nationales qu’il incorporait peu ou prou dans les projets de monuments et d’urbanisme. Ces influences d’Europe de l’Ouest sont d’autant plus sensibles que Pierre le Grand avait souhaité faire une rupture dans les constructions traditionnelles russes en abandonnant notamment le plan en croix grecque des églises et la présence de bulbes.

La plus belle illustration du résultat de cette politique est constituée par la cathédrale Pierre-et-Paul laquelle, à l’exception peut-être de sa très haute flèche dorée, pourrait s’intégrer sans difficulté dans toutes les villes d’Europe du Nord, Suède, Hollande, Allemagne du Nord, France du Nord et de l’Est : plan rectangulaire, clocher en façade, coupole sur tambour, simplicité des volumes, décoration avec colonnes, frontons triangulaires et volutes d’un baroque « bourgeois ».

Que des artistes étrangers aient participé à l’érection de monuments baroques en Russie n’induit pas nécessairement l’absence d’un « baroque russe », après tout, c’est toute l’Europe qui a bénéficié des savoir des artistes italiens lesquels s’exportaient facilement à l’étranger ! La question serait plutôt de savoir en quoi ces artistes étrangers ont-ils participé à la formation d’architectes russes et à l’évolution de l’architecture nationale ? Le trop petit nombre de monuments visités ne me permet évidemment pas d’avoir des éléments de réponse à cette question.

Les textes sur l’architecture et le baroque russes font grand cas du style baroque « Narychkine » ou « baroque moscovite » caractéristique de la région de Moscou à la fin du XVIIe siècle, soit une période encore antérieure à celle des baroques pétrovien et élisabéthain. C’est que déjà des artistes italiens étaient intervenus à Moscou, notamment dans la construction des monuments du Kremlin. Les architectes russes avaient connaissance des caractéristiques de l’architecture de la Renaissance italienne, en témoigne le Palais à facettes édifié à la fin du XVe siècle par les architectes italiens Marco Ruffo et Pietro Antonio Solari pour Ivan III. Ce palais doit son nom à la taille « en facette » de la pierre blanche qui recouvre sa façade, comme le palazzo dei Diamanti à Ferrare (1492), une des formes du bugnato, un style de revêtement mural externe des bâtiments employant les bossages si caractéristiques de la Renaissance italienne.

Dans la seconde moitié du XVIIe siècle, les constructions religieuses sur les terres de la famille Narychkine[1], près de Moscou (d’où le qualificatif de baroque Narychkine pour désigner ce style), sont plus complexes (tours à étages cubiques et octogonaux, tours en gradins) et plus décorées (décor de pierre blanche contrastant avec une coloration intense des façades, accentuant la sensation de relief). C’est notamment le cas du Couvent de Novodievitchi, à Moscou, avec ses bâtiments rouges décorés de colonnes, corniches, coquilles Saint-Jacques, encadrements de fenêtres de pierre blanche, en fort relief[2]. Mais ce n’est pas seulement la profusion de la décoration qui peut permettre de parler de « style baroque », c’est aussi les formes de la construction (bien que restant dans les limites de la tradition) et les agencements d’ornements qui donnent une certaine dynamique aux façades des bâtiments.

Il semble que le style baroque se soit répandu ensuite en Russie, des négociants en fourrure, les Stroganov, finançant la construction d’édifices baroques à Nijni-Novgorod (église de la Nativité, 1703) et dans les confins de la toundra (cathédrale de la Présentation à Solvytchegodsk, 1693)… Mais tout cela demanderait à être vu autrement qu’en photos !


[1] Narychkine, nom de la branche dynastique à laquelle appartenait le tsar Alexis Mikhaïlovitch (1629 / 1676), père de Pierre le Grand.

[2] UNESCO. « Liste du patrimoine mondial – Ensemble du couvent Novodievitchi ». 2004.

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