Le voyage d’Allemagne pour les écrivains romantiques français

 

Allemagne Westphalie Drachenfels Nord

En France, Rousseau a joué un rôle-clef dans l’apparition d’une nouvelle sensibilité fondée sur les beautés, le pittoresque de la nature et sur l’expression de ses sentiments, qui participera à fonder le romantisme dans notre pays. Mais ce mouvement s’est également nourri de l’apport de Byron et des poètes allemands Goethe (1749 / 1832), Schiller (1759 / 1805), Hölderlin (1770 / 1843) et Heine (1797 / 1856).

Heinrich Heine vivra en exil à Paris de 1831 à son décès en 1856. Il ne retournera que deux fois en Allemagne, en 1843 et 1844. Suite à son voyage de 1843, il aura l’occasion de clore la querelle poétique de 1840 en critiquant les vers de Nikolaus Becker.

„Oh, fürchte nicht, mein Vater Rhein,
Den spöttelnden Scherz der Franzosen;
Sie sind die alten Franzosen nicht mehr, 
Auch tragen sie andere Hosen. […]
Sie philosophieren und sprechen jetzt
Von Kant, von Fichte und Hegel,
Sie rauchen Tabak, sie trinken Bier […][1]

« Oh, n'aie pas peur, mon père Rhin,
De la blague rigolote des Français ;
Ce ne sont plus les vieux Français,
Ils portent des pantalons différents. (...)
Ils philosophent et parlent maintenant
De Kant, de Fichte et Hegel,
Ils fument du tabac, ils boivent de la bière (...)

Mais les écrivains français avaient commencé à s’intéresser à la littérature allemande et à faire des voyages en Allemagne notamment sur le Rhin : Mme de Staël (1803 et 1807), Chateaubriand (1820), Gérard de Nerval (1838, 1850, 1852), Alexandre Dumas (1838), Victor Hugo (1938 et 1840), Ernest Renan (1843)… Le Rhin devenait un trait d’union littéraire et mythique[2].

Guillaume Apollinaire a également vécu en Allemagne au cours des années 1901 / 1902. Il était alors le précepteur de la fille de la vicomtesse Elinor de Milhau, tout d’abord à Haus Glück, près d’Oberpleis, puis à Bad Honnef, les deux villes situées à une dizaine de kilomètres de Drachenfels[3].

Le Rhin le Rhin est ivre où les vignes se mirent
Tout l'or des nuits tombe en tremblant s'y refléter
La voix chante toujours à en râle-mourir
Ces fées aux cheveux verts qui incantent l'été

Mon verre s'est brisé comme un éclat de rire[4]

 Si le site de Drachenfels fait naturellement penser à son poème, « La Loreley », bien que celui-ci ait pour cadre le Rhin entre Strasbourg et Coblence, c’est qu’Apollinaire a non seulement gravi le Drachenfels mais qu’il a aussi parcouru toute la région à pied, s’arrêtant dans les auberges, se mêlant aux fêtes villageoises et recueillant les vieux Lied du pays.

Le Rhin n’est pas qu’une frontière, c’est aussi un trait d’union entre cultures.

« (…) et il (le Rhin) accomplit majestueusement à travers l’Europe, selon la volonté de Dieu, sa double fonction de fleuve de la paix, ayant sans interruption sur la double rangée de collines qui encaisse la plus notable partie de son cours, d’un côté des chênes, de l’autre des vignes, c’est-à-dire d’un côté le nord, de l’autre le midi ; d’un côté la force, de l’autre la joie… »[5].


[1] Heinrich Heine « Und als ich an die Rheinbrück kam » (Et quand je suis arrivé au pont du Rhin) in « Deutschland. Ein Wintermärchen ». 1844.

[2] Isabelle Vacher. « Le regard fasciné d‘écrivains français sur l’Allemagne (XIXe et XXe siècles) ». Thèse de doctorat. Faculté de philosophie de l’université de Passau. 2008.

[3] Laurence Campa. « Guillaume Apollinaire ». 2013.

[4] Guillaume Apollinaire. « Nuit rhénane ». 1901.

[5] Victor Hugo. « Le Rhin – Lettre XIV » in « Le Rhin –Lettres à un ami ». 1838.

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