Touristes français en Allemagne – Mémoire de poésies patriotiques et revanchardes

 

Allemagne Westphalie Remagen Bahnhof Rolandseck 07

Il n’existe plus en France de guide touristique pour l’Allemagne, à l’exception de guides régionaux sur la Bavière et sur Berlin. Il n’y a pas d’autre solution que d’acquérir un Guide Bleu d’occasion (de 1991 !) pour préparer son voyage, guide qui ne concerne toutefois que l’Ouest, la zone de l’ancienne république fédérale. Pourtant le pays semble faire doucement sa place dans les destinations des Français à l’étranger : en 2015 l’Allemagne était la 4e destination touristique des Français, derrière l’Espagne, l’Italie, la Grande-Bretagne, et à égalité avec le Portugal. Bien évidemment, par sa proximité géographique, le land du Bade-Wurtemberg est le plus visité par les Français, suivi de Berlin et enfin de la Bavière.

Le Rhin est une barrière physique qui a servi de frontière notamment dans le système des limes romains. Chacun sait qu’entre l’Allemagne et la France la frontière a eu tendance à se déplacer plusieurs fois et, qu’à l’Est, elle est aujourd’hui fixée sur le Rhin. Mais, si l’Allemagne eut tendance à s’approprier l’Alsace et la Lorraine en 1871, puis en 1940, la France avait eu, par le passé, tendance à considérer le Rhin comme sa frontière naturelle au Nord-est, incluant outre la Rhénanie et la Sarre, le Luxembourg, la Belgique et le Sud des Pays-Bas ! Ce sera chose faite suite au traité de Campo Formio de 1797 qui permettra de s’approprier les territoires de l’Ouest du Rhin alors possession de l’empire d’Autriche. Si la République et l’Empire y créèrent un certain nombre de départements, on revint à peu près à la situation antérieure après la défaite de Napoléon et le congrès de Vienne (1815), à la différence près que la tutelle sur la Rhénanie était désormais prussienne et non plus autrichienne.

Si les armes se sont heureusement tues entre Français et Allemands en 1815, cela n’empêchait pas les poètes de s’exprimer ! En 1840, Adolphe Thiers déclenche une mini-crise diplomatique en parlant de la « frontière naturelle de la France » sur le Rhin ! Les esprits s’échauffent et un poète allemand, Nikolaus Becker, compose en septembre 1840 un « Chant du Rhin » qui répète quatre fois en sept strophes[1].

Sie sollen ihn nicht haben
Den freien deutschen Rhein,

Ils ne l’auront pas
Le libre Rhin allemand,

En 10 strophes et 134 vers Lamartine calme le jeu, en mai 1841, avec une « Marseillaise de la Paix » qui répète onze fois « Roule libre… ».

Roule libre, et grossis tes ondes printanières,
Pour écumer d’ivresse autour de tes roseaux ?
Et que les sept couleurs qui teignent nos bannières,
Arc-en-ciel de la paix, serpentent dans tes eaux !

En juin 1841, Musset en rajoute une couche dans « Le Rhin allemand », en 6 strophes, 30 vers mais de manière plus martiale et belliqueuse[2] !

Qu'il coule en paix, votre Rhin allemand ;
Que vos cathédrales gothiques
S'y reflètent modestement ;
Mais craignez que vos airs bachiques
Ne réveillent les morts de leur repos sanglant.

Laßt friedlich fließen euern deutschen Rhein;
Es spiegele sich geruhsam wider
Der Dome gotisches Gestein;
Doch hütet euch, durch trunkne Lieder
Von ihrem blutgen Schlaf die Toten zu befrein.



[1] Landschaftsverband Rheinland. « Mythos Rhein aus Sicht der Deutschen und Rheinländer » (Mythe sur le Rhin du point de vue des Allemands et des Rhénans). Portal Rheinische Geschichte.