L’antre du dragon Fafner – Un rocher propre aux émotions romantiques

 

Allemagne Westphalie Drachenfels Sud

Le rocher de Drachenfels que couronne un château
Domine le large et tortueux Rhin
Dont la poitrine se gonfle largement
Entre les rives qui portent des vignes.
Des coteaux riches d'arbres fleuris,
Des champs qui promettent du maïs et du vin,
Et des villes éparses les surplombant… »[1].

Drachenfels (le rocher du dragon) est le vestige de la cheminée centrale d’un volcan. Il domine le Rhin de ses 320 mètres. C’est un lieu ancien de promenade : un service d’ânes était proposé en 1816, une route construite en 1872, puis un chemin de fer à crémaillère en 1883 qui remplit toujours vaillamment son office.

La tradition veut que ce soit dans une grotte du Drachenfels que Siegfried, héros de la chanson des Niebelungen, ait tué le dragon Fafner. Selon une légende germanique très populaire, Siegfried est un prince aux exploits extraordinaires. Il a conquis le pays des Nibelungen, des nains travaillant dans les mines d’or. Il va combattre de dragon Fafner pour lui dérober son trésor, pour ce faire, il creuse une fosse d’où il pourra percer le cœur du dragon quand celui-ci viendra en rampant se désaltérer dans le Rhin. Siegfried tue le dragon et, portant son doigt humecté de sang à la bouche, il découvre que désormais il comprend le chant des oiseaux. Puis, se baignant dans le sang du dragon, il devient invulnérable… sauf à l’endroit où la feuille d´un arbre est restée collée sur son épaule. Cette erreur lui sera bien évidemment fatale. La légende sera reprise et adaptée par Wagner dans les opéras de l’Anneau des Niebelungen, « Siegfried » puis « Le crépuscule des Dieux ».

Les Allemands, entre amis ou en famille, sont nombreux à venir visiter le Drachenfels, en petit train, mais aussi à pied pour de grandes randonnées dans les Siebengebirge (les sept montagnes) qui entourent le rocher. Ils sont tous fort bien équipés : bonne chaussures, bâtons de marche, chapeaux, sacs à dos, ce qui leur donne un air très « boy-scout ». C’est, qu’entre Allemands et Français, nous n’avons pas tout à fait le même rapport à la nature. Le Romantisme s’est développé en Allemagne en réaction au rationalisme et la philosophie des Lumières qui ont dominé le XVIIIe siècle. Le Romantisme exaltait le merveilleux, l’imagination, la rêverie, mais aussi l’indépendance des Allemands après l’occupation française notamment de la rive gauche du Rhin. Les lieux les plus à même de développer cette exaltation de l’esprit étaient généralement des sites naturels, des vallées embrumées, des lacs profonds, de sombres forêts, des rochers escarpés et des ruines de châteaux. Heinrich Heine (1797 / 1856) s’est rendu en 1818 / 1819 sur le Drachenfels (lequel réunit ces différents ingrédients !) au cours de célébrations patriotiques étudiantes et il en a donné une retranscription romantique.

A minuit, le burg était déjà escaladé !
Un feu de bois flambait au pied des murailles !
Et tandis que les étudiants étaient accroupis à l’entour,
On entonna le chant des saintes victoires allemandes.
Nous buvions des cruches de vin du Rhin à la santé de l’Allemagne.
Nous voyions les esprits du burg aux aguets sur la tour.
De noires ombres de chevaliers nous entouraient,
Des ombres de dames flottaient devant nous.
Des tours un gémissement profond s’élève.
On entend un bruit de fers et de chaînes !
Les chats-huants hululent, tandis que le vent du nord hurle avec frénésie.
Et voilà mon ami, comme j’ai passé la nuit,
Sur le haut Drachenfels. Malheureusement, je suis
Rentré chez moi avec un bon rhume ![2]

Un romantisme teinté toutefois d’une bonne dose d’ironie et d’autodérision qui en atténue beaucoup les aspects patriotiques !


[1] George Gordon Byron (1788 / 1824). « The Castle Crag of Drachenfels » in « Childe Harold's Pilgrimage ». Canto III. 1816. Traduction personnelle !

[2] Heinrich Heine. «  La nuit sur le Drachenfels ». In « Nachgelesene Gedichte 1812 / 1827 ».

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