Une cathédrale à la construction très récente

 

Allemagne Westphalie Cologne Cathédrale 1835

Avec les 157 mètres de haut de ses tours la cathédrale de Cologne est la deuxième plus haute église du monde, après l'Église principale d'Ulm. Elle est également la troisième plus vaste cathédrale de style gothique, après la cathédrale de Séville et le dôme de Milan. Elle est aussi le monument le plus visité d’Allemagne avec six millions de visiteurs à l’année dont près de 2/3 d’Allemands… Mais, de fait, que visite-t-on ?

En 1247 les autorités ecclésiastiques élaborent le projet d’une cathédrale qui doit dépasser toutes les autres en s’inspirant des cathédrales d’Amiens et Beauvais. En 1248 est posée la première pierre. En 1265 sont achevés le déambulatoire et ses chapelles absidiales. Enfin, en 1322, le nouveau chœur de la cathédrale est consacré, séparé de la nef future par un mur provisoire. Puis les travaux se ralentissent et en 1560 les travaux sont arrêtés, seul le chœur est construit et terminé. Les murs de la nef sont arrêtés sans atteindre le sommet des piliers, la tour Nord est haute de 5 mètres et la tour Sud de 56 mètres, un tiers de la hauteur, avec à son sommet la grue qui monte les charges ! Chateaubriand visite la cathédrale, en 1792, lorsqu’il cherche à rejoindre l’armée des Princes ; il note dans les Mémoires d’Outre-Tombe : « A Cologne, j’admirai la cathédrale : si elle était achevée, ce serait le plus beau monument gothique de l’Europe ». Sur les vues anciennes de la ville de Cologne (1531), de la rive droite, seuls apparaissent le chœur de la cathédrale et une des tours qui est toutefois moins haute que le faîte de la toiture du chœur. Ce que l’on voit c’est surtout l’église romane Grosse Sankt Martin ! Une vue, vers 1800, donne les mêmes informations. Quelques travaux sont repris en 1819 pour consolider les parties menaçant ruine et remplacer la grue sur la tour qui y était placée depuis la fin des travaux. En 1842, reprise générale des travaux et, en 1860 et 1870, achèvement des deux tours, la cathédrale devenant ainsi le symbole de l’unité allemande retrouvée !

Curieusement les documents d'information sur la cathédrale précisent que celle-ci aurait été terminée selon les « plans d’origine » ! Il n’existait pas alors de plans tels que nous les pratiquons avec des vues différentes, des perspectives, des coupes et des cotes. Les plans « d'origine » étaient généralement remaniés de nombreuses fois car les travaux s’étalaient sur des dizaines d’années, voire des siècles, les maitres constructeurs changeaient et modifiaient ce que leurs prédécesseurs avaient imaginés. Les architectes dessinaient des plans au sol, en deux dimensions, ou des dessins de façade qui étaient ensuite précisés sur le chantier avec leurs instruments, la règle, le compas, la corde à treize nœuds. De plus, l’architecte de 1247 n’avait peut-être pas une idée très précise sur la forme des tours par exemple car l'on commençait la construction par le choeur, en terminant par la façade. Ou, s’il en avait une, elle était fonction des cathédrales terminées en 1247, Chartes et Bourges qui présentent certes des toitures pointues mais de plus petite taille, et pas ajourées avec cette dentelle de pierre qui correspond au gothique flamboyant du XIVe siècle et donc à la vision d'un architecte de cette époque !

Les constructeurs de 1842 eurent la chance de retrouver un grand dessin sur parchemin (4 mètres de haut), datant du XIVe siècle, représentant la très haute façade occidentale à deux tours. Ils purent donc s’en inspirer pour élaborer les plans des tours et de la façade. Pour la nef, il était possible de reproduire les éléments du chœur mais, en revanche, ils n’avaient aucune information sur les deux façades du transept pas plus que sur la flèche qui est d’ailleurs d’une conception assez farfelue. Bref, pour l’essentiel, ce que l’on visite c’est donc une cathédrale moderne inspirée du gothique à la manière des monuments revisités par Viollet-le-Duc !

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