Une architecture contemporaine très médiocre – Mais de belles réalisations récentes

 

Allemagne Westphalie Cologne Neumarkt

« Cette déchéance de sa fortune n’est point la seule cause à laquelle il faut attribuer le peu de progrès qui a fait l’architecture moderne à Cologne, cela provient aussi en partie de la prédilection de ses habitants pour les vieilles habitudes de ce qu’ils ne peuvent que difficilement se résoudre à changer l’aspect des lieux témoins du bonheur et du bien-être de leurs ancêtres, des lieux auxquels se rattachent de doux souvenirs et surtout de ce que la classe opulente à Cologne préfère déployer le luxe et l’élégance dans l’intérieur de ses appartements au lieu de les répandre au dehors »[1].

A constater la médiocrité de l’architecture contemporaine privée à Cologne on serait tenté d’accorder quelques crédits à cette remarque presque centenaire… mais ce serait oublier que la ville a été bombardée 262 fois au cours des raids aériens alliés de la Seconde Guerre mondiale. La première attaque importante eut lieu dans la nuit du 30 au 31 mai 1942, engageant plus de mille bombardiers. Cologne avait été choisie, plutôt que Hambourg, en raison du mauvais temps sur cette ville. Le poids total des bombes lâchées lors de ce raid a été de 1 455 tonnes dont les deux tiers étaient des bombes incendiaires. Des raids massifs de centaines d’avions eurent encore lieu les 26 et 27 février 1943, 28 et 29 juin 1943, 3 et 4 juillet 1943, 8 et 9 juillet 1943, 17 octobre 1944, 2 mars 1945. En octobre 1944, un raid allié, plus important que les précédents, a privé les 250 000 habitants d'eau et d’électricité et transformé en ruines les dernières habitations encore debout déclenchant un exode massif de la population[2].

L’architecte allemand Rudolf Schwarz considérait que Cologne, en 1945, était « le plus gros tas de gravas du monde ». Après la guerre, il fallut donc reconstruire et vite car Cologne était une mégapole importante de près de 800 000 habitants dans les années 30. Le résultat n’est généralement pas très heureux, une architecture quelconque, certainement fonctionnelle mais sans attrait, répétitive, faite de bric et de broc, fondée sur le parcellaire antérieur.

Petit à petit, Cologne s’ouvre à une nouvelle architecture, plus audacieuse et imaginative. Quelques réalisations publiques prestigieuses agrémentèrent la ville, le musée Romain-germanique (architectes : Klaus Renner et Heinz Röcke, 1974), très sobre au pied de la cathédrale gothique et jouant sur l’horizontalité, le musée  Ludwig (architectes : Bussman, Haberer, 1976) qui permet de relier le centre ville aux bords du Rhin dans une construction alliant surfaces planes de briques et courbes de zinc, et le musée Wallraf-Richatz (architecte : Oswald Mathias Ungers,  2001) présentant une stratification spatiale rigoureuse et orthogonale.

Le Weltstadthaus (architecte : Renzo Piano, 2005), abrite un grand magasin. Coincé entre une église gothique tardive et des immeubles d'après-guerre sans caractère, il se compose de deux parties distinctes : un bloc rectangulaire de pierre reprend les rythmes des formes angulaires des années soixante-dix environnantes, le long duquel un grand dôme de bois et de verre s'écoule vers l'église.

Du fait des évolutions industrielles de nombreuses surfaces le long des berges du fleuve se sont retrouvées en friche, permettant d’aménager les berges. Au Sud de la ville, la zone de l’ancien port a été libérée et bâtie sur plus de 2 kilomètres avec notamment l’érection de trois « maisons-grues » (architecte : Hadi Teherani, 2010), des immeubles comportant un important surplomb vers le fleuve rappelant l’ancienne fonction de la zone.

Il faudrait encore aller voir le musée du chocolat (1993), un bâtiment transparent en aluminium et en verre en forme de proue de navire et qui encadre l’ancienne douane, la Kölnturm, un gratte-ciel de bureau de 150 mètres (architecte : Jean Nouvel, 2001) avec des façades en double vitrage sérigraphiées qui lui donnent des aspects différents selon la lumière du jour et l’Art Museum Kolumba (architecte : Peter Zumthor, 2007), un musée de briques plates, élevé sur les ruines d'une ancienne église partiellement détruite durant la guerre, et incorporant plusieurs restes de bâtiments.


[1] Loebel, professeur à l’université de Bonn. « Lettres sur la Belgique ». Revue universelle, bibliothèque de l’Homme du monde et de l’Homme politique au XIXe siècle. Tomme III. 1837.

[2] Parmi les habitants restants, des groupes composés de dissidents, d'anciens membres du KPD, de déserteurs, de prisonniers étrangers, organisèrent une résistance avec des armes dérobées dans les dépôts de la ville. Ils menèrent des opérations jusqu'en décembre, tuant le chef de la Gestapo locale, attaquant des patrouilles de police. Ces groupes seront réprimés après 24 heures de combats de rues et le massacre de 200 personnes.

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