Une destination touristique qui monte !

 

Allemagne Westphalie Cologne Cathédrale

C’est peu dire qu’au cours de nos déplacements automobiles nous avons de grandes difficultés avec la signalisation routière ! Cela se traduit généralement de la manière suivante : nous commençons à suivre les panneaux indicateurs afin de nous rendre dans une ville, un monument ou dans un parking de cette ville, puis, quand nous approchons de la destination, plus rien ! Plus aucun panneau ! Il faut alors improviser. Ayant été victimes à plusieurs reprises du phénomène, nous avons émis quelques hypothèses explicatives.

La première, très vite écartée pour son aspect absurde, serait notre incompétence à se diriger sur un itinéraire pourtant rigoureusement fléché.

La seconde hypothèse est philosophique, liée à l’histoire et à la pratique religieuse en Allemagne, notamment l’importance dans ce pays de la religion protestante. Les grandes orientations morales sont données à l’individu, comme géographiques au conducteur d’automobile, puis c’est ensuite à celui-ci d’utiliser son libre-arbitre pour conduire sa vie comme son véhicule. Au final, Dieu jugera… ou l’atteinte de l’objectif fixé au déplacement. A contrario, en France, pays de religion catholique, l’individu comme le conducteur automobile, serait suivi pas à pas, quasiment tenu par la main, du départ à sa destination, de la naissance au décès...

Troisième hypothèse : le tourisme est moins développé en Allemagne et il y a moins besoin de signaler aux étrangers où est situé quoi. Comme c’est une hypothèse plus facile à vérifier, elle a eu finalement ma préférence. Première indication pour valider l’hypothèse : la cathédrale de Cologne est le monument le plus visité en Allemagne avec six millions de visiteurs à l’année dont près de 2/3 d’Allemands. La cathédrale Notre-Dame de Paris est le monument le plus visité en France, elle accueillerait à l’année 13 millions de visiteurs et le Sacré-Cœur une dizaine de millions. Le Louvre, 7,4 millions de visiteurs dont 70% d’étrangers. L’intensité touristique, c’est à dire le nombre de nuitées passées par des résidents et des non-résidents dans des hébergements touristiques est plus élevé en France qu’en Allemagne (6 nuitées en France, moins de 5 en Allemagne) [1]. La cause semble donc entendue, France : 1 / Allemagne : 0, d’autant que chacun sait, ou croit savoir, que la France est la première destination touristique mondiale !

Ce n’est toutefois peut-être pas si simple. Selon une étude allemande (2014), le secteur du tourisme contribuerait à hauteur de 4,4 % au PIB du pays, soit plus que le bâtiment (4,3 %) ou l'automobile (2,3 %), ce qui souligne que le tourisme y est aussi d’une très grande importance économique. En France, le tourisme contribuerait à  hauteur de 7% du PIB… mais un PIB qui est plus faible que celui de l’Allemagne (+ faible de 30%). Les touristes en Allemagne dépenseraient beaucoup plus qu’en France, en effet une partie non négligeable des touristes étrangers en France est constituée de personnes qui ne font que traverser le pays pour se rendre en Espagne ou en Italie par exemple. Ils gonflent les statistiques mais ils restent peu de temps et dépensent peu (31% des touristes étrangers passent 2 nuits ou moins en France !). Un visiteur étranger en France dépense en moyenne 600 euros quand il en dépenserait le double en Allemagne, car l’Allemagne est aussi le leader mondial en matière de tourisme d’affaire.

Si l’Allemagne est toujours la septième destination mondiale, elle est désormais la deuxième destination préférée des Européens, juste derrière l’Espagne et devant la France (2012). Le nombre de visiteurs européens y croit régulièrement à tel point que l’Allemagne occupe maintenant la seconde place du classement devant la France (2016). Bref, il serait temps de ne plus chanter cocorico ! Si le tourisme en France peut paraître plus international, plus concentré sur des villes et des monuments emblématiques, et le tourisme en Allemagne plus national et plus européen, centré sur la nature avec pistes cyclables, chemins de randonnée et réseau d’auberges et d’hôtels, le tourisme en Allemagne se développe de manière dynamique notamment dans les domaines des affaires et de la culture (monuments, musées, festivals). Bref, déception, notre difficulté à nous orienter en Allemagne est peut-être tout simplement due à notre incompétence à suivre un itinéraire pourtant bien fléché !


[1] De fait les comparaisons sont assez difficiles car les chiffres apparaissent très variables d’une année à une autre, d’une source à une autre et, de plus, les données statistiques ne seraient pas toujours calculées de manière homogène selon les pays. Ces données sont donc plutôt indicatives, notamment sur des tendances.

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