Charlemagne, notre empereur – Ampleur des destructions et justification

 

Allemagne Westphalie Paderborn Rathaus

Charlemagne a résidé à de nombreuses reprises à Paderborn où il s’y fit même construire un château en 776. Comme chacun sait, Charlemagne était roi des Francs et régnait sur un territoire qui, à son apogée, comprenait les territoires actuels de la France, de la Belgique, des Pays-Bas, du Luxembourg, de l'Allemagne, de la Suisse, de l'Autriche, de la Hongrie et de la Slovénie, une bonne moitié de l'Italie et une petite partie de l'Espagne.

Charlemagne est revendiqué à la fois par les Français[1] et les Allemands car ses petits-fils se partagèrent son royaume, par le traité de Verdun de 843, donnant progressivement naissance, d’un côté au royaume carolingien et, de l’autre, au Saint Empire Romain-germanique.

On peut donc voir à Paderborn les restes du château de Charlemagne[2] ainsi que de nombreux autres monuments qui témoignent d’une riche histoire, mais Paderborn n’a pas pour autant échappé au pilonnage des bombardements de la Seconde Guerre mondiale. A la fin de la guerre, plus de 85 pour cent des bâtiments de la ville étaient détruits. Les premières attaques avaient eu lieu dès 1940 sur l’aérodrome situé assez loin de Paderborn. Jusqu’en 1945 les attaques aériennes visaient essentiellement des objectifs militaires mais, le 27 mars 1945, cinq jours avant l’occupation de la ville par les troupes américaines, le bombardement a été massif sur la ville elle-même.

L’objectif de l’attaque était manifestement plus de briser toute tentative de résistance de la population allemande, même simplement psychologique, que militaire, voire de lui faire payer les bombardements de terreur que l’Allemagne nazie avait effectué sur l’Angleterre. On revenait ainsi à la loi du Talion, « œil pour œil, dent pour dent ». Voire un peu plus… Winston Churchill n’avait-il pas déclaré dès 1939 : « Mais lorsque l’on se souvient des atrocités barbares qu’elle a perpétrées en Pologne, nous ne nous sentons pas enclin de bénéficier de ses faveurs. Nous ferons notre devoir avec tout ce qui nous restera de vie et de vigueur »[3] ?

Sous les bombes environ 900 personnes sont mortes à Paderborn, femmes, enfants, vieillards, réfugiés, soldats, prisonniers. Un site internet allemand qui retrace l’histoire des bombardements sur Paderborn conclue sobrement ainsi : « Ils ont payé de leur vie pour ce que l'Allemagne nazie avait tracé ».

Dans les années 60, la guerre et ses destructions étaient rarement évoquées en Allemagne. C’était une période qui était passée sous silence. Aujourd’hui, des photographies sur l’ampleur des destructions, notamment dans les sites touristiques, châteaux, églises et grandes places, sont assez fréquemment affichées. Ces photos illustrent tout à la fois l’importance des bombardements sur les villes allemandes mais aussi le formidable travail de reconstruction et de restauration qui a été réalisé.

D’autres sites s’interrogent sur la justification de ces bombardements alliés à la fin de la guerre, comme celui de Dresde, par exemple, la ville n’étant pas un site militaire stratégique. Mais n’avait-on pas déjà dépassé toute logique strictement militaire à partir du moment où les idéologues nazis avaient théorisé et mis en œuvre la guerre totale, bien avant le tristement célèbre discours de Goebbels, ministre de la propagande du Reich, de février 1943 après la défaite de Stalingrad. Cette guerre totale engagée par l’Allemagne nazie était non seulement militaire mais aussi économique, scientifique, politique, idéologique, psychologique, et engageait malgré elles les populations civiles dans la guerre. La guerre totale a été mise en œuvre par la Luftwaffe, dès 1939, sur Varsovie, puis en 1940 sur Rotterdam, Coventry et Londres, avant d’être généralisée par les nazis sur les différents fronts de l’Ouest comme de l’Est.

En Allemagne, le touriste étranger échappe difficilement à une réflexion sur le fascisme et la guerre.


[1] Par exemple, « Charlemagne recevant la soumission de Witikind, duc de Saxe, à Paderborn en 785 », peinture d’Ary Scheffer dans la Galerie des batailles du château de Versailles. 1837.

[2] Gai Sveva. « Nouvelles données sur le palais de Charlemagne et de ses successeurs à Paderborn (Allemagne) ». Actes des congrès de la Société d'archéologie médiévale. 2001.