Une petite fille juive, pourchassée par les nazis – Histoire d’un piano noir

 

Allemagne Basse-Saxe Göttingen Junges Theater 1

En 1964 Barbara, d’origine juive et ayant dû se cacher pendant la Seconde Guerre mondiale afin d’échapper aux nazis et à la déportation, fut invitée à se rendre à Göttingen par un de ses fervents admirateurs, Hans-Günther Klein, directeur du Junges Theater de la ville. L’histoire est assez connue : Barbara avait demandé qu’il y ait un piano à queue pour son concert et, patatras, sur scène il n’y avait qu’un piano droit ne lui permettant pas de voir les spectateurs ! Il y avait alors une grève des déménageurs et le transport du fameux piano à queue n’avait pas été rendu possible.

Une vieille dame qui assistait au concert mis son piano à sa disposition et les étudiants assurèrent son transport, le concert pouvant alors démarrer avec deux heures de retard. Ce fut un triomphe  et Barbara prolongea son séjour dans la ville. C’est dans les jardins qui bordent le théâtre que sont nées progressivement paroles et musique de la chanson « Göttingen ». Le dernier soir avant son retour, elle en offre la primeur aux spectateurs du théâtre, sous une forme à la fois chantée et parlée,.

« Je dois donc cette chanson à l'insistance têtue de Gunther Klein, à dix étudiants, à une vieille dame compatissante, à la blondeur des petits enfants de Göttingen, à un profond désir de réconciliation, mais non d'oubli »[1].

O faites que jamais ne revienne
Le temps du sang et de la haine
Car il y a des gens que j'aime,
A Göttingen, à Göttingen.

Laßt diese Zeit nie wiederkehren
und nie mehr Haß die Welt zerstören:
Es wohnen Menschen, die ich liebe,
in Göttingen, in Göttingen

Aujourd'hui, cette chanson est généralement considérée comme un hymne à la réconciliation. A juste titre dans la mesure où elle exprime une émotion intense et un sentiment fort que nos deux peuples ont largement partagé avec cette chanson.

Le 22 janvier 2003, les chefs de gouvernement allemands et français commémorent à Versailles les 40 ans du traité franco-allemand de 1963. A cette occasion, le chancelier fédéral, Gerhard Schröder cite le texte de cette chanson : « Ce qu’a chanté Barbara est entré directement dans nos cœurs ; c'était pour moi le commencement d'une amitié merveilleuse entre Allemands et Français ».

En 1967 Barbara est retournée à Göttingen. Ce fut une nouvelle fois un triomphe et elle chanta cette chanson en allemand. Lors de ce voyage, Barbara était logée dans un hôtel à l’adresse « Au soleil ». Est-ce un hasard si, un an plus tard, la chanteuse a publié une chanson qui se nomme « Le soleil noir » ?

Je ne ramène rien, je reviens solitaire,
Du bout de ce voyage au-delà des frontières,
Est-il un coin de terre où rien ne se déchire,
Et que faut-il donc faire, pouvez-vous me le dire,
S'il faut aller plus loin pour effacer vos larmes,
Et si je pouvais, seule, faire taire les armes,
Je jure que, demain, je reprends l'aventure,
Pour que cessent à jamais toutes ces déchirures…

 Pour la saison 2017 / 2018 et pour les 60 ans du Junges Theater, un spectacle sur Barbara est à son programme : « Barbara Schauspiel »


[1] Barbara. « Il était un piano noir : Mémoires interrompus ». 1997.

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