La Käppele et la Résidence – Rococo et illusion

 

Allemagne Bavière Würzburg Käpelle

Sur l’autre rive du Main, perchée sur une colline voisine de celle de la forteresse, la Käppelle, l'église de la Visitation, domine la ville de Wurtzbourg. Elle a été érigée entre 1748 et 1750 sur des plans de Johann Balthasar Neumann (1687 / 1753), le grand architecte baroque allemand. Les plans de Neumann remontent à 1736 et prévoyaient la construction de l'église à côté d’une petite chapelle de bois de pèlerinage du XVIIe siècle. La façade est simple, très haute, encadrée de deux tours fines surmontées de bulbes effilés. La toiture de l’église est curieuse, en forme de bulbes aplatis, surmontés à la croisée du transept d’une étroite lanterne coiffée d’un bulbe.

L'intérieur de l'église a été meublé et décoré dans le style rococo entre 1750 et 1800. Compte-tenu de l’ampleur du nombre des pèlerins, l’ancienne chapelle fut détruite, remplacée en 1778, par un bâtiment oblong, perpendiculaire à l’église, ouvert sur le transept gauche, le tout couvert également par une toiture en bulbe aplati, surmonté à ses extrémités par des lanternes. L’ensemble de la toiture de l’église, avec ses dômes surbaissés et ses bulbes effilés est d’un effet peu ordinaire.

Pour permettre l’accès à l’église par les processions de pèlerins, Balthasar Neumann avait prévu la réalisation d’un grand escalier agrémenté de cinq terrasses, partant du pied de la colline et débouchant sur le parvis de l’église. L’escalier a été réalisé en 1769 et complété en chemin de croix avec l’érection de chapelles latérales.

La Résidence des princes-évêques de Wurtzbourg est une réalisation de très grande ampleur qui peut être comparée à Versailles. Construite pour l'essentiel de 1720 à 1744, décorée intérieurement de 1740 à 1770 et pourvue de magnifiques jardins de 1765 à 1780. La construction de la Résidence de Wurtzbourg débute pendant le règne du prince-évêque Johann Philipp Franz von Schönborn. Les travaux sont confiés à Balthasar Neumann. Celui-ci se rend alors en France en 1722 / 1723 pour y étudier les réalisations architecturales et consulter des architectes français, Robert de Cotte (1656 / 1735, collaborateur de Jules Hardouin-Mansart) et Germain Boffrand (1667 / 1754), avec lesquels, semble-t-il, il ne partageait pas les mêmes options pour le plan de la Résidence.

Les travaux sont interrompus en 1724 suite au décès du prince-évêque et l’élection d’un de ses adversaires. Mais les Schönborn reviennent au pouvoir dans la personne du neveu Karl Philipp, en 1729, qui ordonne la reprise des travaux. La décoration intérieure est notamment confiée à Giovanni Battista Tiepolo  (1696 / 1770) pour les plafonds de l'escalier, de la salle impériale et de la chapelle, et à Antonio Giuseppe Bossi (1699 / 1764) pour les stucs.

La décoration intérieure est largement basée sur des illusions de perspectives spatiales entre peintures en deux dimensions et sculptures en trois dimensions. On ne sait plus toujours où s’arrête la peinture et où commence la sculpture. Un personnage est peint au bord de la toile mais sa jambe sculptée sort de la toile ; des étoffes chatoyantes, peintes sur la toile, pendent en dessous du cadre sans que l’on sache s’il s’agit d’une véritable étoffe, ou d’une étoffe peinte sur du stuc. La hampe de la lance d’un personnage peint, dépasse la toile, hampe dont une partie est peinte et l’autre réelle, avec une ombre portée dont on ne sait plus si elle est peinte sur le mur, ou réelle.

Le baroque est un art de la mise en scène, un art de théâtre, qui flirte avec des jeux sur l’ampleur des volumes, par exemple la Galleria Prospettica du palais Spada, ou la scala reggia du Vatican. Le rococo poursuit et prolonge cette tendance en mettant ses moyens techniques et artistiques au service de la fantaisie, de l’apparence, de l’illusion. On ne montre plus le monde tel qu’il ait, mais tel qu’on aimerait qu’il soit pour son propre plaisir. Dans ce sens, le rococo est l’expression artistique d’une classe sûre de sa puissance, sans risque de concurrence, et donc d’une féodalité tirant sa richesse du monde rural et de la production agricole. Dans les pays du Nord de l’Europe où la bourgeoisie commerçante et artisanale joue un rôle économique majeur, limitant la puissance des princes, le rococo ne connaîtra pas la même ampleur.

Cela surprend toujours un peu qu’un prélat, l’évêque de Wurtzbourg en l’occurrence, se livre aux plaisirs des sens, à la jouissance intellectuelle de l’apparence, de l’illusion. On en attendait plus de sérieux, de sagesse, mais les évêques catholiques de cette époque étaient manifestement plus princes que prélats.

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