Un jeu de coupoles ovales surbaissées

 

Allemagne Bavière Vierzehnheiligen plan

 

L’église de Vierzehnheiligen, au Nord de Bamberg, est une autre prouesse architecturale de Baltasar Neumann. Le problème à résoudre était d’une toute autre nature qu’à Wurtzbourg. Là, pas d’espace restreint ou d’aspect extérieur à respecter car le site est situé au sommet d’une petite colline bien dégagée, mais par contre il convenait de mettre en valeur un lieu unique, celui où un jeune berger, avait vu apparaître, le 24 septembre 1445, un enfant pleurer à cet endroit… Apparition qui se reproduisit plusieurs fois et, lors de la dernière apparition, l’enfant déclara : « Nous sommes les quatorze intercesseurs[1] et désirons que l'on construise ici une église en notre honneur. Si vous nous servez, nous vous servirons ! ». Par la suite, de nombreuses guérisons miraculeuses se produisirent faisant de l’endroit un lieu de pèlerinage très fréquenté.

 Balthasar Neumann a conduit la construction de la basilique de 1743 jusqu'à son décès en 1753 ; elle fut achevée en 1772. L’architecte en chef de chantier, dont les plans n’avaient pas été retenus au profit de ceux Neumann, entama les travaux à un emplacement différent de celui prévu par Neumann ce qui avait pour conséquence de positionner le lieu des miracles en plein centre de la nef de l’église et non plus dans le chœur ! Neumann a alors complètement restructuré l’ensemble en faisant évoluer le plan au sol, en croix latine, vers un plan des voûtes composé de trois coupoles ovales surbaissées, la première correspondant au centre ( 1 ), une seconde à l’entrée ( 2 ), et la troisième pour le chœur ( 3 ). De chaque côté des intersections de ces trois ovales, il dispose des volumes circulaires ( 5 ) dans les bras de la croix, et plus petits avec des autels secondaires ( 6 ). A l’intersection des deux premiers ovales de la nef ( 1 et 2 ) et des autels secondaires ( 6 ), il dispose d’un autre volume circulaire. Cet ensemble de volumes interpénétrés et successifs donne une grande dynamique à l’intérieur de l’église tout en permettant de dégager de vastes espaces pour recevoir de nombreux pèlerins autour de l’autel principal, lieu du miracle, situé au centre de l’église.

« La vieille obsession humaniste de la beauté géométrique, qui a marqué tous les chefs-d’œuvre de la Renaissance, de la coupole de Brunelleschi à Florence à la basilique de Sangallo à Montepulciano, de la villa La Rotonda de Palladio à Vicence au Tempietto de Bramante sur le Janicule, ce rêve de subordonner les nécessités fonctionnelles d’un bâtiment à la loi pure de l’esprit est exaucé une dernière fois dans cette église ; et c’est tout le génie de Neumann que d’avoir atteint à une telle réussite, en surmontant le double handicap de la grande dimension et de la décoration rococo »[2].


[1] Saint Acacius, Sainte Barbe, Saint Blaise, Sainte Catherine d’Alexandrie, Saint Christophe, Saint Cyriaque, Saint Denis, Saint Égide, Saint Érasme, Saint Eustache, Saint Georges, Saint Guy, Sainte Marguerite d’Antioche et Saint Pantaléon.