De l’emploi mais aussi beaucoup de précarité – Une pauvreté plus située dans les nouveaux lânder

 

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Un voyage en Westphalie et Bavière est souvent exaspérant pour un Français : trop propre, trop rangé, trop entretenu, trop bien organisé… Mais comment font-ils après les destructions terribles de la dernière guerre pour atteindre un tel niveau de revenu et d’investissement ? Mais, s’il est vrai qu’il s’agit des régions parmi les plus riches d’Allemagne et d’Europe, la pauvreté y est néanmoins aussi sensible. On voit désormais des Allemands mendier dans les rues, mais aussi faire les poubelles, autant de signes qui étaient absolument inimaginables il y a 20 ou 30 ans.

Les statistiques nous font découvrir les formes de la pauvreté en Allemagne. Elles soulignent la multiplication de formes plus individualisées, plus risquées et moins bien payées de l’emploi salarié : emplois à temps partiels de moins de vingt heures par semaine (13 % des salariés, soit 4,8 millions de personnes et 10 % des travailleurs indépendants, soit 3,6 millions de personnes). En 2016, seuls 69 % des travailleurs allemands sont considérés comme des « employés normaux », une statistique qui inclut toutefois 10% de contrats à temps partiel de plus de vingt heures par semaine. « Alors que l’Allemagne a créé 3,5 millions d’emplois classiques depuis 2005, le nombre de travailleurs qui exercent une « activité atypique » est passé, dans le même temps, de 6,8 millions à 7,6 millions. Ils étaient moins de 5 millions fin 1996 »[1]. Cette machine à produire de l’emploi crée aussi de la précarité.

La conséquence de la précarité des emplois c’est que le nombre de personnes en risque de pauvreté ou d’exclusion sociale augmente : 20 % de la population totale (16,08 millions de personnes en 2015)[2] ! Depuis le début des années 2000, les inégalités de revenus au sein de la population en âge de travailler ont fortement augmenté en Allemagne[3].

Mais alors pourquoi n’est-ce pas sensible pour un touriste étranger ? D’une part les touristes en général, et moi-même en particulier, se promènent rarement dans les quartiers les plus déshérités des villes, mais surtout la pauvreté est géographiquement très localisée en Allemagne : elle concerne d’abord les nouveaux länder de l’ex RDA.

Quand le chômage a baissé de 10 à 6 % de la population active dans l’ancien territoire de la RFA entre 2006 et 2014, il a baissé de 20 à 12 % dans l’ex-RDA[4]. Le démantèlement des entreprises et de l’emploi à l’Est a créé une armée de réserve composée de chômeurs de longue durée. Pendant la même période de 2006 à 2014, les revenus des ménages sont restés 30 % plus élevés à l’Ouest qu’à l’Est. En 2012, la majorité des Allemands de l’ex-RDA disposaient d’un revenu inférieur à 17 800 euros par personne, alors que la majorité des Allemands de l’Ouest disposaient de 23 700 euros. La protection des salariés est également plus faible à l’Est qu’à l’Ouest car les accords collectifs ne concernent que 37% des salariés quand il en protège 56% à l’Ouest. 20% des habitants de Berlin seraient dépendants de l’aide sociale ! À ce propos, l’ancien chancelier Helmut Schmidt avait parlé en 2005 d’un « Mezzogiorno sans mafia ».

L’Allemagne est aussi dure avec ses pauvres qu’avec la Grèce.


[1] Le Monde. « En Allemagne, la précarité ne baisse pas ». 17 août 2017.

[2] En France, cela concernerait 11,05 millions de personnes (18% de la population totale).

[3] Sur la réforme Hartz IV voir : Direction générale du Trésor. « Lettre Trésor Eco ». N°110. Mars 2013. A l’encontre, voir « Allemagne. Pauvreté et santé publique sous le régime des lois Hartz ». 24 avril 2017.

[4] Le chômage a aussi baissé parce que les conditions d’indemnisation sont plus contraignantes et les durées beaucoup plus courtes.

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