Une campagne très policée – Et sans orientations politiques déterminantes

 

Allemagne Westphalie Cologne Elections

Notre voyage tombe en plein dans la préparation des élections fédérales allemandes qui doivent renouveler les 630 sièges du Bundestag le 24 septembre 2017. Dans le Land de Rhénanie-du-Nord / Westphalie la bataille fait  rage car le SPD (« Sozialdemokratische Partei Deutschlands », un parti social-démocrate) a perdu au printemps dernier la majorité qu’il détenait depuis 2010 au sein du gouvernement régional. C’est désormais une coalition entre la CDU (« Christlich Demokratische Union Deutschlands », un parti chrétien démocrate) et le FDP (« Freie Demokratische Partei », un parti libéral) qui dirige le Land. A défaut de gouverner à Cologne, les sociaux-démocrates se proposent donc de défendre Cologne au sein du futur parlement à Berlin !

Toutefois, la bataille ne fait pas tout à fait rage comme en France : point d’affichage sauvage, de distribution massive de tracts. Tout reste bien ordonné : les différents partis apposent des affichettes sur les lampadaires, toutes de la même dimension et tenues par des ficelles pour éviter la dégradation du mobilier urbain.

Les affichettes des différents partis se succèdent sans qu’il y ait de bagarres entre accrocheurs d’affiches pour éliminer celles des concurrents ; il est même possible d’avoir deux placards de deux partis différents sur la même hampe de lampadaire. Toutes les affiches sont composées de la même manière : le visage souriant du candidat, bien propre sur lui, sous lequel un bandeau précise un slogan très court (et très peu politique à mon avis), ainsi que le nom du candidat. Il existe aussi quelques affichettes avec les visages des chefs de partis, essentiellement Martin Schultz pour le SPD et Angela Merkel pour la CDU. Parfois, une affiche de plus grande ampleur est accrochée au sein d’un cadre métallique posé et arrimé sur une pelouse… mais tout peut s’enlever facilement et rien ne souillera l’espace public. Pas de tag, pas de graffiti, pas de déchirure, pas de slogan, juste une fois ais-je vu une moustache à la Hitler dessinée sur le visage d’un candidat.

A Bayreuth, tout à fait par hasard, nous assistons à un meeting de la CDU au cours duquel la Chancelière fédérale, Angela Merkel, prend la parole. Pas d’agitation particulière dans la ville, pas de mouvement de foule, pas de grand déploiement policier, seulement un petit attroupement devant un podium placé dans la cour d'honneur devant le Vieux Palais, podium sur lequel un groupe de rock fait hurler les décibels. Sur le podium, un calicot de la CSU (« Christlich-Soziale Union in Bayern », une déclinaison bavaroise un peu plus « traditionnaliste » de la CDU) laisse à penser qu’il va se préparer quelque chose. Effectivement, une heure plus tard, l’attroupement a grossi et les habitants, debout, écoutent bien sagement des élus locaux vanter davantage les mérites de la Chancelière que les grandes lignes de son programme. Dans l’attroupement, on remarque néanmoins un petit groupe d’une dizaine de militants de l’AFD (« Alternative für Deutschland », un parti xénophobe d’extrême droite) qui brandissent des drapeaux avec le sigle de leur parti et des slogans anti-Merkel. Ils lancent parfois des slogans qui sont couverts par les applaudissements de la foule. Mais pas d’invectives, encore moins de bousculades ou d’horions.

Dans le discours de la Chancelière, il n’y a pas non plus de nouveauté sensationnelle, de promesse extraordinaire, seulement l’engagement de la réduction progressive de la surtaxe de solidarité, une taxe créée pour soutenir la reconstruction économique dans les Länder de l'ex-RDA jusqu’en 2019, le refus d’une hausse des impôts et l’arrêt des accueils de réfugiés.

« Vous vous souviendrez de 2015, lorsque tant de gens sont venus chez nous. Je tiens à remercier tous ceux qui nous ont aidés dans le besoin, qu'ils soient bénévoles ou à plein temps. (…) Bien sûr, une année comme 2015 ne peut pas se répéter chaque année. On ne veut pas refaire cela »[1].

Avec cette déclaration, la Chancelière a même reçu les applaudissements des membres de l’AFD. Tout cela est bien sage, bien organisé, sans trop de bagarre idéologique ou politique. Il est vrai qu’en Bavière, Angela Merkel ne risque rien. Il paraît que certains de ses meetings ont été plus mouvementés dans les anciens länder de la RDA. Le journal « Le Monde » du 17 août rapporte ce propos d’un Allemand : « Merkel, c’est comme une soupe de lentilles. Ça n’est pas très drôle, mais on sait qu’on n’aura pas de mauvaise surprise ». Et les Allemands aiment manifestement les lentilles.


[1] Angela Merkel. Discours à Bayreuth, le 24 août 2017. Bayreuth. Franken.de. Traduction personnelle.

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