Utiliser les évènements contemporains pour faire sensation

 

Allemagne Bavière Bayreuth Parsifal 2017

Je ne suis pas un groupie de Wagner, pas même un fan, tout juste un modeste amateur d’opéra qui se rend à Bayreuth à chaque fois que l’organisation du festival veut bien lui accorder des places, soit cinq fois en quarante ans de demandes annuelles systématiques. Une fois tous les huit ans en moyenne, c’est un rythme qui me convient bien. Après une mise en scène de Parsifal par Wolfgang Wagner (1998) assez plate qui jouait sur le côté fantastique et le merveilleux de l’histoire, puis une de Stefan Herheim, (2008), pleine du bruit et de fureur de l’histoire allemande contemporaine doublée d’interrogations psychanalytiques, celle de Uwe Eric Laufenberg (2016) est très banalement plongée dans l’actualité la plus rebattue.

Le conflit entre les Chevaliers chrétiens du Graal et le magicien Klingsor est transposé dans l’Irak actuel, entre des moines chrétiens et le calife d’un groupuscule islamiste ! Celui-ci est bien évidemment entouré de gardes masculins habillés comme les combattants de Daesh et de créatures féminines couvertes de tchadors noirs, lesquelles créatures apparaissent ensuite en danseuses du ventre. Le Klingsor-calife, qui est d’ailleurs un bien mauvais musulman ne connaissant pas la direction de La Mecque, astique sa petite collection de crucifix dérobés en tous genres. Contre-point indispensable de ce vilain remake de l’actualité, Parsifal le juste qui attaque Klingsor-calife de Daesh est un GI avec caméra sur le casque et fusil d’assaut. Mais, comme il faut « être moderne » jusqu’au bout, la fin de l’opéra ne consacre plus le triomphe du christianisme imaginé par Wagner dans ce qu’il considérait être un « festival scénique sacré ». Alors que la mise en scène des deux premiers actes nous conviait à assister au triomphe des Chrétiens sur les Musulmans, virage à 180° dans le troisième acte : les spectateurs sont invités à assister à la fin des symboles des grandes religions monothéistes, croix, chandelier à 7 branches ou croissants, jetés dans un cercueil et à participer ensemble au triomphe de l’art avec, au final, l’illumination de l’amphithéâtre et de ses spectateurs. Démagogique en diable.

Le rôle d’un metteur en scène c’est d’interroger une œuvre, d’en proposer une lecture en liens multiples entre son auteur, l’époque de sa création, l’époque dans laquelle elle est jouée, les grands mythes de la société humaine. Wagner n’y échappe pas et le temps des représentations avec armures et casques à cornes est heureusement terminé. Stefan Herheim avait proposé simultanément plusieurs niveaux de lecture de l’œuvre (trop à mon goût) mais dont un, très actualisé et très politique, portait sur l’histoire de l’Allemagne avec notamment soldats SS, un gigantesque aigle nazi qui tombait des cintres, et reproduction de la villa Wahnfried symbolisant Wagner et sa famille. Il y avait ainsi une dialectique entre le récit proposé, l’histoire contemporaine de l’Allemagne et le rôle qu’y ont joué les Wagner.

A contrario, la mise en scène de Laufenberg m’a donné l’impression que l’actualité était utilisée facilement pour illustrer assez vulgairement le conflit Chevaliers du Graal / Klingsor en usant de tous les poncifs d’une représentation simpliste de la religion et la civilisation musulmanes.

Sans compter que, parfois, cette mise en scène vire au grand guignol. Passe encore pour les moines qui déplacent des lits pliants et des chaises à tout bout de champ, des groupes de GI qui traversent la scène dans tous les sens armés jusqu’aux dents, des plantes grasses gigantissimes poussés dans le monastère en ruine. Mais Amfortas, le prêtre-roi du Graal, dégoulinant de sang à la manière du Christ, et les Chevaliers venant chacun à son tour en boire une pinte, cela prête à sourire, ou à soupir. Ou encore ces moines qui rentrent en scène avec leurs courses alimentaires dans des sacs plastiques, ou Kundry, à la fois servante du Graal et de Klingsor, qui sort une salade (J’étais trop loin pour bien voir s’il s’agissait d’une laitue ?) d’un sac plastique placé dans un frigidaire… Etait-ce bien nécessaire pour souligner que l’histoire se situe aujourd’hui, dans le monde moderne ? Mais le grand guignol n’est pas toujours aussi prosaïque, la mise en scène donne aussi lieu à la reproduction de tableaux boticelliens avec jeunes filles fort peu vêtues prenant une douche sous une cascade pour souligner le miracle du vendredi-saint ! C’est agréable à l’œil mais assez déplacé dans l’histoire.

Le plus étonnant, c’est qu’in fine le public applaudisse à tout rompre. Certes, il y a la performance des chanteurs et des musiciens qui est toujours globalement bonne à Bayreuth mais cela justifie-t-il pareille ovation ? Est-ce que le public ne s’applaudit-il pas lui-même d’être venu à Bayreuth participer à cette grand messe de l’art ? Dans ces applaudissements j’ai cru discerner de l’autosatisfaction.

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