Nuremberg, conservatoire des insignes symboliques de l’Empire – Une Sainte lance bien récente

 

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Décidemment, la Sainte lance nous aura poursuivi pendant tout notre voyage ! Croisée dans le château de Wewelsburg, nous la retrouvons dans l’opéra Parsifal de Wagner à Bayreuth, et enfin dans les objets symboliques de la souveraineté impériale à Nuremberg !

Au Moyen-âge les insignes symboliques de l’Empire (la couronne, le sceptre, l’orbe, l’épée et le manteau de couronnement, la Sainte croix et la Sainte lance) accompagnent les souverains dans leurs continuels déplacements. Par suite de la révolte des Hussites (1419 / 1436), l’empereur Sigismond décide, en 1423, d’octroyer la garde permanente de ces objets symboles de la souveraineté impériale, alors déposés en Bohême au château-fort de Karlstein (Karlštejn), à la ville de Nuremberg jugée plus sûre. Nuremberg fait partie des villes impériales et, en 1219, Frédéric II de Hohenstaufen, roi de Germanie et futur empereur des Romains, lui avait accordé son autonomie par la « Große Freiheitsbrief » (grande lettre de liberté).  En 1424, La ville reçoit donc le privilège de présenter publiquement les insignes impériaux chaque année, le 14e jour suivant le Vendredi saint, lors d'une cérémonie de monstration (Heiltumsweisungen).

Avec la menace des armées de la jeune République française, les différents objets sont envoyés à Vienne en 1800, confiés au baron von Hügel pendant la campagne d’Allemagne de Napoléon, puis restitués à l’empereur du Saint-Empire. Après l’annexion de l’Autriche par l'Allemagne nazie en 1938, Adolf Hitler les fait rapporter à Nuremberg et exposer dans l’église Sainte-Catherine. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, ils sont entreposés dans le bunker d'art historique pour les protéger des raids aériens. Ils seront découverts et saisis dans ce bunker dans l’été 45 par un enquêteur américain spécialisé en œuvres d'art qui en prend possession au nom du gouvernement américain[1]. Les bijoux seront restitués à l’État autrichien en janvier 1946 et conservés dans la « Schatzkammer » (chambre des trésors) du palais de la Hofburg à Vienne. Nuremberg doit donc désormais se contenter de présenter des répliques de certains de ces joyaux dont la fameuse lance du centurion Longin.

« Comme c’était le jour de la préparation afin de ne pas laisser les corps sur la croix pendant le sabbat – car c’était un jour particulièrement solennel que ce sabbat – les Juifs demandèrent à Pilate qu’on brisât les jambes des suppliciés, et qu’on les enlevât. Les soldats vinrent donc et brisèrent les jambes du premier, puis de l’autre qui avait été crucifié avec Jésus. Arrivés à jésus et voyant qu’il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes, mais l’un des soldats lui perça le côté d’un coup de lance, et aussitôt il en sortit du sang et de l’eau »[2].

La grande foire aux reliques, qui commence au IVe siècle avec les découvertes d’Hélène, mère de l’empereur Constantin, (Vraie croix, épine de la couronne, Saint escalier) concernera également la lance du centurion Longin dont cinq exemplaires seront présents en Europe ! La Sainte lance prendra une certaine place dans les légendes arthuriennes, le détenteur du Graal étant également celui de la Sainte lance. Richard Wagner reprend la thématique de la légende arthurienne dans « Parsifal ». Klingsor, devenu magicien faute d’avoir pu être chevalier du Graal s’est emparé de la Sainte lance avec laquelle il espère ravir le Graal aux Chevaliers. Un jeune homme au cœur pur, Parsifal, affrontera Klingsor et ses maléfices pour ravir la Sainte lance et la ramener auprès des Chevaliers du Graal…

L'expertise de la Sainte lance du Saint-Empire a été réalisée au moyen de la technique de la spectrométrie de fluorescence X. La date la plus probable de la fabrication du fer de lance se situerait autour du VIIe siècle après J.-C !


[1] Monuments Men Foundation. « Walter William Horn ( 1908-1995 ) ».