Il y en a peu, mais peu c’est encore trop

 

Allemagne Bavière Nuremberg Zeppelinfeld

Hitler avait choisi la ville de Nuremberg pour y tenir chaque année le congrès du NSDAP (« NationalSozialistische Deutsche ArbeiterPartei », Parti national-socialiste des travailleurs allemands). C’est que la ville offrait un cadre prestigieux pour la réalisation de ses grands rassemblements : histoire illustre, résidence des empereurs germaniques, château-fort ayant conservé les objets symboles de l’empire (du « Reich »), ville médiévale, églises gothiques. Il s’agissait d’inscrire le IIIe Reich dans la lignée de ses glorieux prédécesseurs, le Ier (962 / 1806), ou Saint Empire Romain-Germanique, et le second (1871 / 1918).

Deux congrès eurent lieu à Nuremberg en 1927 et 1929, avant que ceux-ci soient interdits par la ville. Hitler devenu chancelier du Reich en 1933, Nuremberg devint la ville officielle de tous les futurs congrès du parti. Six congrès se sont tenus à Nuremberg de 1933 à 1938, attirant près d’un million de personnes pendant une semaine. Pour assurer ces grandes manifestations du régime, Hitler confia à Albert Speer la réalisation d’un gigantesque complexe, le « Reichsparteitagsgelände » (esplanade du Congrès du parti du Reich). Cet ensemble comprend une série de monuments plus gigantesques et grandiloquents les uns que les autres : la « Luitpoldarena » (l'Arène Léopold),  84 000 m2, 150 000 personnes, pour les rassemblements des SA et SS ; la « Kongresshalle » (le Palais des congrès), 250 mètres de diamètre, pour les réunions du congrès ; la « Große Straße » (la Grande rue), 2 km de long pour 40 mètres de large, pour les parades militaires ; le « Zeppelinfeld » (le Champ Zeppelin) pouvant contenir 320 000 personnes pour les grands rassemblements et les discours du führer ; le « Deutsches Stadion » (le Stade allemand), 550m de long sur 460m de large et 100m de haut, pour accueillir 400 000 spectateurs !

Du fait de la guerre, les travaux du stade s’arrêtèrent aux excavations pour assurer les fondations, excavations qui se remplirent d’eau et forment aujourd’hui un lac. Les autres monuments se délabrent progressivement faute d’entretien. C’est qu’il n’est pas très facile de leur trouver un nouvel usage, du fait de leurs tailles mais surtout du fait du symbole qu’ils représentent. L’arène Léopold est devenue une prairie arborée, la halle des congrès accueille un musée sur le nazisme (« Fascination et terreur »), une salle de concert et des lieux de stockage de matériaux pour les entreprises, la grande rue sert de parking pour les foires, et le champ Zeppelin comprend quelques terrains de foot alors que la grande tribune devient progressivement une ruine et que la colonnade a été finalement détruite.

Parmi les autres monuments nazis, la chancellerie du Reich à Berlin, le chalet de Berchtesgaden et les deux temples (« Ehrentempel ») édifiés à la mémoire des « héros » du putsch de 1923 à Munich ont été détruits. Quelques bâtiments subsistent à Berlin,  le ministère de l’air (2 000 pièces) devenu le ministère fédéral des finances, l’aéroport de Tempelhof aujourd’hui désaffecté, la caserne Hermann Goering devenue Quartier Napoléon pendant l’occupation française, le stade olympique, la Reichsbank désormais ministère des Affaires étrangères.  Dans les régions, outre les monuments de Nuremberg, subsistent un amphithéâtre de plein-air (« Thingplatz ») à Heidelberg, aujourd’hui à l’abandon de même que les cinq bâtiments de la station balnéaire de Prora (4,5 km de long et 10 000 chambres, occupés aujourd’hui par une auberge de jeunesse de 400 lits), la tour du château de Wewelsburg est un musée sur la terreur SS, le théâtre de Sarrebruck est en activité ainsi que la maison du Führer (« Führerbau ») de Munich est devenue une école de musique et enfin l’usine Volkswagen de Wolfsburg. Il faudrait y ajouter plus de 3 000 kilomètres d’autoroutes.

L’architecture nazie était simpliste, les usines comme Wolfsburg étaient copiées de l’architecture du « bauhaus », les maisons des dignitaires étaient des interprétations en béton des chalets alpestres et les bâtiments de représentation, chancellerie, stade, salle de congrès, aéroport, se voulaient des copies de l’Antiquité, mais en plus grand, beaucoup plus grand, plus impressionnant et plus parfait. C’était d’une grande pauvreté dans le langage architectural : lignes droites, surfaces planes, colonnes carrées, pilastres et revêtement de pierre pour cacher le béton et les briques.

Qu’en faire ? Les monuments les plus liés à l’idéologie nazie ont généralement été démolis, la plupart des autres sont à l’abandon et permettent par leur démesure de rendre compte de l’endoctrinement de masse qu’ils représentent, quelques-uns sont des musées de grande qualité didactique sur le totalitarisme et la terreur nazies (Berchtesgaden, Nuremberg, Wewelsburg). Quant aux 3 000 kilomètres d’autoroutes, s’ils sont toujours utilisés ils ont été totalement remaniés.

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