Une zone lotie dans le cadre de Rome-Capitale comprenant de nombreux ministères

 

Rome Sallustiano Via XX settembre Ministère agriculture 2

La via XX Settembre n’est pas totalement dénuée d’intérêt, historiquement du moins à défaut de l’être au niveau architectural. Le 1er juillet 1871, Rome devient officiellement la capitale de l’Italie unifiée. La ville doit accueillir les services du nouvel Etat et leurs personnels. De grands travaux sont lancés : la sécurisation des quais du Tibre et de grandes artères dans le tissu urbain ancien (Nazionale, Cavour, Vittorio Emanuele), de vastes places (Vittorio Emanuele II, della Repubblica), la construction de ministères (Agriculture, Trésor, Intérieur, Education, palais de Justice…), et l’installation des services d’une grande ville (abattoirs, halles, usines à gaz et électrique dans le quartier du Testacio).

Les grandes familles nobles vendent leurs vastes domaines d’autant que la source de leur richesse, fondée sur des domaines agricoles ou des charges ecclésiastiques, se tarit. Parcs et jardins sont remplacés par de nouveaux quartiers, au Sud des voies de chemins de fer ou dans le Pratti di Castelo (derrière le château Saint-Ange). Cette urbanisation assez anarchique au début est petit à petit canalisée dans le cadre de Plans Régulateurs.

« Entre le Quirinal, le Viminal et l’Esquilin, il s’est élevé depuis 1870, tout un beau quartier dont la partie Ouest, jusqu’à la gare, comprend beaucoup d’hôtels »[1].

Les édifices qui sont alors construits le sont sur un même modèle comme dans toutes les grandes capitales européennes de l’époque. A Rome, ce modèle est basé sur des immeubles à quatre ou cinq étages, alignés sur la rue, symétriques, avec des rez-de-chaussée et des encoignures de pierres grises, à la piémontaise, la façade étant recouverte d’un enduit ocre, concession à la tradition romaine. Les rues déterminent de grands axes se terminant sur une vaste place ou un imposant monument. Les ministères sont dispersés au milieu de zones résidentielles même s’il y a parfois quelques concentrations… C’est notamment le cas de la via XX Settembre qui accueille successivement les ministères de la Défense, de l’Agriculture (1902) et du Trésor (1877). Et bien sûr, tout cela est gigantesque et colossal. Le ministère italien de l’Agriculture, moins massif que le français (1889), est également moins laid. Toutes les bourgeoisies de l’Europe ont produit les mêmes énormités architecturales d’Helsinki à Rome, comme de Londres à Moscou, en passant par Berlin et Vienne. Chacun de ces tas de pierres prétentieux affirmait assez souvent un caractère « national » quand il ne se voulait pas une reconstitution, en amélioré bien sûr, d’un monument grec ou romain. Mais dans tous les cas, c’est souvent très lourd !

 « Comme il arrivait à cette rue neuve du Vingt-Septembre, ouverte sur le flanc et sur le sommet du Viminal, Pierre fut frappé de la somptuosité lourde des nouveaux palais, où s’accusait le goût héréditaire de l’énorme. (…) Mais surtout il demeura béant devant le ministère des Finances, un amas gigantesque, un cube cyclopéen où les colonnes, les balcons, les frontons, les sculptures s’entassent, tout un mondé démesuré, enfanté en un jour d’orgueil par la folie de la pierre »[2].

La zone de la via XX Settembre était autrefois partiellement intégrée à l’enceinte Servienne (IVe siècle av. J.C) et comportait une de ses portes, la Porte Collina, la plus au Nord, à l’endroit où les Via Salaria et Nomentana se rejoignaient (aujourd’hui au carrefour des via XX Settembre, Piave et Goito). Derrière le ministère de l’Agriculture, entre les via Carducci et Sallustiana, on peut encore voir un morceau de l’enceinte Servienne chevauchée par un immeuble moderne.

« On souhaita néanmoins conserver quelques vestiges, un autre tronçon subsiste juste en face, abrité par un auvent, tandis que celui-ci est enfermé à l’intérieur de l’immeuble, tel un génie prisonnier d’une bouteille »[3].

« Hannibal ad portas » (« Hannibal est à nos portes » !) C'est devant la porte Collina que campa Hannibal quand il assiégea brièvement Rome (-211) lors de la seconde guerre punique… peut-être sur les lieux actuels de la Porta Pia. Faute de machines de siège, il dut abandonner.


[1] Guide Baedeker. 1887.

[2] Emile Zola. « Rome ». 1896.

[3] Marco Lodoli. « Nouvelles îles – Guide vagabond de Rome ». 2014.

Liste des promenades dans Rome et liste des promenades dans Salustiano

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