La fin de la puissance temporelle des papes – Un assaut qui ne fut heureusement pas trop sanglant

 

Rome Sallustiano Mur d'Aurélien après l'assaut de 1870

Les Français aiment à croire qu’ils ont joué un rôle-clef dans l’unification italienne, rappelant à loisir la politique de Napoléon III à ce sujet. C’est oublier un peu vite que le Prince-Président, en 1849, fit envoyer un corps expéditionnaire à Rome pour réinstaller le pape Pie IX Feretti (1846 / 1878) qui avait été chassé par une République présidée par Mazzini et qu’il maintint des soldats dans la ville jusqu’en 1870. L’unité italienne, oui, mais dans certaines limites ! Notamment en ne touchant pas aux sacro-saints Etats pontificaux comprenant le Latium, l’Ombrie, les Marches et la Romagne qui, de fait, coupaient la botte italienne et le nouvel Etat italien en deux !

Avec la guerre franco-prussienne déclarée en 1870 les troupes françaises sont évacuées de Rome et rapatriées en France afin de participer aux campagnes militaires laissant le pape Pie IX défendre son territoire-confetti avec sa petite armée de 13 000 hommes. Face au refus du pape d’accepter la fin de la domination de l’église sur la ville de Rome et les Etats de l’église, le roi d'Italie Victor-Emmanuel II décida alors d’avoir recours à la force et, quelques jours après la chute du Second Empire français, le 20 septembre 1870, après cinq heures de bombardement, l'artillerie italienne réalisa une brèche dans la muraille de Rome près de la Porta Pia, brèche dans laquelle s’engouffrèrent fantassins et bersaglieri, à 10h00 du matin, mettant ainsi fin au pouvoir temporel des papes !

On peut penser que l’emplacement choisi pour ouvrir la brèche fatale dans les 19 kilomètres des murailles de Rome avait été choisi avec soin. Outre que le lieu était peu habité, évitant ainsi les « victimes collatérales » et que la muraille y était la plus faible, il permettait de déboucher sur une large avenue donnant accès très rapidement au palais papal du Quirinal tout en permettant au pape, ses cardinaux, voire ses troupes, de se replier et se réfugier au Vatican.

Les photographies de l’époque montrent la brèche réalisée dans la muraille, à la hauteur des jardins de la villa Bonaparte. De fait, aussitôt l’existence de la brèche connue, le pape Pie IX proposa la reddition de la ville et se retira au Vatican. Il faut dire que les troupes royales comprenaient plus de 52 000 hommes, bien armés (114 canons) et expérimentés à la suite des guerres de l’unification italienne, alors que les troupes pontificales, plus hétéroclites et plus habituées aux cérémonies, n’alignaient que 13 000 hommes, principalement italiens, mais comprenant également 4 000 Français (les Zouaves pontificaux et la légion d'Antibes ou légion Romaine forte de 1 200 hommes), un millier d’Allemands, et quelques Canadiens[1].

Après un regroupement Place Saint-Pierre des différentes troupes pontificales, carabiniers suisse, légion d’Antibes, chasseurs, gendarmes, dragons et zouaves[2], celles-ci quittèrent Rome le 21 septembre à dix heures, pour être démembrées et renvoyées dans leurs régions ou leurs pays. Le bilan de l’assaut est de 48 soldats italiens, et 16 soldats pontificaux tués et près de 200 blessés.

En suivant la muraille, une plaque commémorative et une colonne célèbrent la prise de Rome par les troupes du Roi d’Italie en 1870.

Le 3 février 1871, Rome est proclamée capitale du Royaume d’Italie en remplacement de Florence. Pie IX excommunia Vittorio Emanuele II et interdit à tout Italien catholique de participer aux élections de l’Etat italien sous peine d’excommunication ! Rome était alors une ville moyenne, à la structure urbaine médiévale, ne comptant que 250 000 habitants dont de très nombreux ecclésiastiques, mais ne comportant aucune activité autre que l’artisanat ou le commerce indispensables au fonctionnement de l’église catholique et bien entendu aucune activité industrielle. Le peuple romain était miséreux et comprenait 70% d’analphabètes. Le Tibre connaissait régulièrement des crues qui dévastaient les quartiers proches, non protégés par des quais et des digues, entretenant la malaria dans les bas quartiers de la ville.


[1] François Lachance. « Prise de Rome : odyssée des zouaves canadiens de Rome à Québec ». 1870.

[2] Les zouaves pontificaux portaient une courte veste à soutaches rouges au col dégagé, un grand pantalon bouffant retenu par une large ceinture rouge et un petit képi à visière carrée. Ce qui aurait fait dire à un cardinal : « C'est bien une idée de Français d'habiller en musulmans les soldats du pape ! ».

Liste des promenades dans Rome et liste des promenades dans Salustiano

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