Grandes plantations avant un paysage auvergnat ?

 

Cameroun Ouest Col de Batié 1500 m

La route qui quitte Douala pour les collines de l’Ouest camerounais est une belle voie goudronnée. A la sortie de Douala, elle traverse de longs villages-rue composés d’alignement de huttes rectangulaires aux murs de briques d’argile ocre, au sol de terre battue et au toit de tôles d’aluminium. Les fenêtres sont une ouverture béante dans le mur, simplement encadrée de planches. Lors de l’absence de ses habitants, la fenêtre est close avec un volet de bois et la porte maintenue fermée par une chaîne et un cadenas. Ces précautions semblent bien dérisoires tant les volets comme les chambranles de la porte apparaissent simples à défoncer. 

Mais pour voler quoi ? Une table de planches mal équarries, consolidée de traverses et de longs clous de charpentier, deux chaises bancales, quelques gamelles, cuvettes et ustensiles ménagers, quelques outils, parfois un poste de radio-transistor ? Car c’est là toute la richesse contenue dans ces modestes maisons. Si cette richesse nous paraît dérisoire, à nous qui sommes submergés par des biens matériels dont l’utilité est parfois douteuse, ce sont néanmoins des biens durement acquis par les familles locales dont les revenus couvrent difficilement les besoins de base et ils peuvent donc constituer une aubaine pour plus malheureux encore. D’où les précautions prises.

La route traverse ensuite de vastes plantations de palmiers à huile à la silhouette trapue et de bananiers aux longues feuilles déchirées. Le paysage se transforme petit à petit avec les premières collines et les palmeraies font place à de petits champs couverts de bosses géantes comme d’énormes taupinières, ce sont les buttes qu’il faut monter pour cultiver les ignames, un tubercule riche en amidon comme la pomme de terre. 

A Nkongsamba, c’est le pays Bamiléké qui commence. Ethnie la plus nombreuse au Cameroun, les Bamilékés occupent également une place déterminante dans le commerce, l’administration ou l’enseignement, sans parler de leur rôle politique, que ce soit dans la lutte anticoloniale au sein de l’Union du Peuple Camerounais, ou dans le combat contre Paul Biya et le parti présidentiel à sa dévotion, l’Union Nationale Camerounaise [1].

Au col de Batié, à 1600 mètres d’altitude, nous faisons halte dans un petit hôtel charmant composé de cases rondes, aux murs blanchis sur lesquels éclatent les tâches flamboyantes des fleurs de bougainvillées et d’hibiscus. La terrasse offre une vue panoramique sur les collines des « grassfields » dominées par la ligne sombre des crêtes des monts Bamboutos qui zigzaguent entre deux mille et deux mille sept cent mètres. Tout autour, de petits champs de cultures vivrières clôturés de haies vives et des cases, dispersées dans le paysage d’un tendre vert humide, et dont les toits en tôles d’aluminium lancent des éclats vifs aux rayons du soleil. C’est une Auvergne avec des bananiers, des caféiers et les vastes palmes des touffes de raphias dans le creux des coteaux !

La densité de population est ici assez élevée, 125 habitants au kilomètre carré dans les départements de Bambouto, Ménoua, Mifi, Haut-Knam et Ndé qui correspondent à peu près à l’aire d’occupation géographique des Bamilékés [2]. Mais cette densité peut monter jusqu’à 400 habitants au km2(densité moyenne de population de l’Auvergne : 52 hbts/km2). Tout espace est cultivé. Même les trottoirs des villes parfois - bien sûr non goudronnés ! - peuvent être ensemencés avec des pieds de maïs. Le sol, d’origine basaltique, est très fertile, la pluviosité est élevée et régulière, la température moyenne de 20°, ils permettent le voisinage de cultures tropicales mais aussi de zones tempérées : café, cacao, manioc, igname, gombo, banane douce et banane plantain, piment, tomate, maïs, haricot, épinard.

Seules les femmes semblent travailler à butter les ignames dans les champs. Pour ce faire, elles utilisent un large fer à manche très court ressemblant à nos « pelles-pioches » utilisées en camping. Le manche très court les oblige à travailler très penchées vers le sol, les reins cassés. C’est une position de travail extrêmement pénible et fatigante. 


[1] L’Union Nationale Camerounaise (UNC) s’est transformée, en mars 1985, en Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC). Aux élections présidentielles de 2011, Paul Biya, candidat du RDPC, aurait obtenu 78% des voix.

[2] Jean-Bernard Suchel. « Les privilèges climatiques du Pays bamiléké ». Les Cahiers d'Outre-Mer. N°42-165. 1989. 

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