Les chefferies de Bafut et de Bandjoun

 

Cameroun Ouest Bafout Chefferie

Le pays Bamiléké est organisé en chefferies puissantes que l’on aperçoit sur les flancs des collines. Les différents bâtiments de la chefferie sont disposés au long d’une pente. En haut, l’entrée par la porte château entourée de cases dont les toitures sont surmontées d’un trident, puis un chemin en pente douce, le long duquel sont alignées les cases des femmes du chef, descend vers une vaste esplanade où sont situées la case de réunion et la case du chef. La couverture des cases est aujourd’hui remplacée par des tôles d’aluminium qui brillent au soleil mais qui imposent la réalisation d’une toiture à quatre pans à la place de la couverture ronde traditionnelle.

La grande chefferie de Bafut est située à quelques kilomètres de Bamenda. Bâtie par les Allemands entre 1907 et 1910 après qu’ils l’eurent incendiée lors des guerres coloniales, son plan en conserve toute la rigueur et le sérieux germaniques en utilisant systématiquement des formes rectangulaires pourtant si éloignées de la pensée africaine ! Elle est entourée d’un mur d’enceinte rectangulaire en briques et l’entrée en est protégée par la peinture de deux énormes lions qui, de chaque côté de la porte, surveillent les passages. A l’intérieur plusieurs cours, rectangulaires elles aussi, délimitées par les murs et des bâtiments aux toits de petites tuiles pour séparer les unes des autres les différentes catégories d’habitants de la chefferie, le tout très scrupuleusement aligné. La maison du Fon [1] est une grande habitation quadrangulaire avec un toit à quatre pans recouvrant une galerie pourtournante. La case consacrée à la mémoire des rois décédés, l’Achoum, le vieux palais, a échappé par miracle aux destructions et aux architectes teutons. C’est une haute et vaste case carrée aux murs de bois de raphia et au toit de chaume pyramidal, précédée de magnifiques piliers de bois sculpté. Le Fon de Bafut est Abumbi II, onzième roi de Bafut depuis 1968. 

« Le Fon partage son pouvoir avec une société secrète, le Kwifo. Pouvoir à l’ombre du pouvoir, jadis les membres de cette société secrète jouaient le rôle officiel d’exécuteur. Ils sortaient la nuit, masqués pour ne pas être identifiés et tuaient leur victime. (...) Pour être initié, il fallait accepter de sacrifier un membre de sa famille : sa femme, un enfant ou un parent. Ces derniers étaient attirés hors du village et égorgés au moyen d’une griffe de fer ressemblant à celle de la panthère. Autour du cadavre, les initiés imprimaient les traces d’un fauve (...). Il est très probable que ces sociétés secrètes) continuent à « faire disparaître » ou « empoisonner » ceux qui ont commis une faute grave ou ont insulté une personne influente »[2].

Je ne sais si les sociétés secrètes font encore disparaître des personnes, mais les collègues bamilékés avec qui je discute de ces questions manifestent le plus grand respect et la plus grande crainte vis-à-vis des initiés des sociétés secrètes. Jamais, me disent-ils, ils ne peuvent les croiser et doivent rebrousser chemin à leur vue. Ils ont aussi la plus grande crainte des empoisonnements qui est toujours l’explication donnée au décès d’un proche. Est-ce réel ? Ou n’est-ce pas une manière d’expliquer la disparition d’une personne dans une culture où la mort n’est jamais naturelle ?

A Bandjoun, à 20 kilomètres de Bafoussam, le Fon est Ngie Kamba Joseph [3], treizième de la dynastie, ancien préfet et ancien chef de cabinet du ministre des finances. Mais à côté de ses fonctions officielles, avouables sur une carte de visite, le Fon est aussi une panthère ! « ...le frère des animaux courageux et puissants. La nuit, il a le pouvoir de se transformer en panthère. (...). Il hante la forêt, parcourt la savane, s’abreuve au torrent. Quand le chasseur tue une panthère, les Fon du pays Bamiléké ont peur. L’un d’eux ne va-t-il pas périr de la mort de son double ? » [4]. Bref, il vaut mieux avoir rendez-vous avec lui le jour que la nuit ! La porte-château de la chefferie est composée d’une série de pavillons rectangulaires à la toiture pointue et aux murs composés de tiges de raphia aux lueurs métalliques. La vaste piste de latérite qui la suit descend vers une seconde porte-château à sept pavillons ; de chaque côté les petites cases rondes, à colonnades de bois sculpté et couvertes de chaume, sont destinées aux femmes du chef. Elle aboutit à la case du Fon, une vaste de case quadrangulaire construite il y a environ 400 ans.


[1] Fon : chef, roi.

[2] Daniel Laine. « Rois d'Afrique ». 1991.

[3] Actuellement, Djomo Kamga Honore (2018).