Mais aussi le centre de la contestation au régime en place

 

Cameroun Ouest Bamenda

Sur la haute falaise qui surplombe Bamenda, capitale du pays Bamiléké, un fort domine la ville. C’est une construction  qui date de l’Empire allemand, identifiable à son architecture caractéristique : épais murs de pierres soigneusement assemblées, fenêtres à petits carreaux, toits recouverts de tuiles plates à bords arrondis. Ce fort, aujourd’hui occupé par l’armée camerounaise, rappelle que l’Allemagne de l’Empereur Guillaume Ier s’était efforcée de participer au grand dépeçage de l’Afrique à la fin du XIXesiècle. 

« Les fabricants de l’Europe rêvent nuit et jour de l’Afrique, du lac saharien, du chemin de fer du Soudan ; avec anxiété, ils suivent les progrès des Livingstone, des Stanley, des Du Chaillou, des De Brazza ; bouche béante, ils écoutent les histoires mirobolantes de ces courageux voyageurs. Que de merveilles inconnues renferme le « continent noir » ! Des champs sont plantés de dents d’éléphants, des fleuves d’huile de coco charrient des paillettes d’or, des millions de culs noirs, nus comme la face de Dufaure ou de Girardin, attendent les cotonnades pour apprendre la décence, des bouteilles de schnaps et des bibles pour connaître les vertus de la civilisation »[1].

Le Chancelier Otto von Bismarck avait profité de la crise du Congo, dans laquelle s’affrontaient Belges, Britanniques, Français et Portugais, pour organiser une conférence internationale à Berlin, en 1884, où étaient réunies douze puissances européennes plus l’Empire Ottoman et les Etats-Unis d’Amérique. Outre le fait de réaffirmer le rôle international de la puissance allemande, cette conférence permettait aussi d’assurer les frontières de ses colonies africaines, Togo, Namibie, Tanganyika, Rwanda et Cameroun. Pour la petite histoire, la conférence de Berlin fut la dernière conférence internationale dans laquelle le français était la langue de débat. Après la Grande Guerre, la France et l’Angleterre ont réussi à se débarrasser de l’Allemagne, ce concurrent sérieux, avec la rédaction du Traité de Versailles de 1919 qui redistribuait les ex-colonies allemandes aux vainqueurs anglais et français.

Bamenda a été fondée en 1901 par les Allemands. C’est aujourd’hui une ville commerçante au cœur du pays Bamiléké, un pays à l’agriculture riche et diversifiée qui assure notamment l’approvisionnement de Yaoundé et de Douala. Bamenda est située en zone anglophone, en effet, par le traité de Versailles, le Cameroun a été un protectorat à la fois du Royaume-Uni sur le Cameroun occidental de 1922 à 1961 et de la France sur le Cameroun oriental de 1919 à 1960. 

Mais Bamenda est aussi le centre de la contestation au régime du Président Paul Biya installé au sommet de l’Etat camerounais avec la bénédiction du gouvernement français. Son vieil opposant anglophone, John Fru Ndi, possède en pays Bamiléké et Tikar, et plus particulièrement à Bamenda, une base populaire solide et il réunit des foules imposantes dans ses meetings électoraux. Aussi, la ville connaît-elle une surveillance policière étroite, se transformant parfois en véritable état de guerre, comme en 1989, avec des soldats à tous les coins de rues et des automitrailleuses pour faire des barrages sur les routes et contrôler les identités [2].

Paul Biya a pourtant bien essayé d’amadouer ces indisciplinés Tikars et Bamilékés en réalisant à Bamenda un congrès de l’Union Nationale Camerounaise, en mars 85, congrès au cours duquel l’UNC devait se transformer en Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC). A cette occasion a été réalisée une série d’aménagement de la ville : goudronnage des rues principales, notamment de la rocade autour de la vieille ville, Manton-town, la ville basse, et construction de bâtiments publics avec un palais des Congrès et un hôtel répondant aux normes internationales de confort dans le Bafreng-Manton, la ville haute, l’ex quartier européen surnommé « station ». Mais à ces quelques exceptions près, les maisons de Bamenda sont restées de petites maisons d’un seul niveau, couvertes de tôles rouillées, dispersées dans une végétation luxuriante.


[1] Paul Lafargue. « Le droit à la paresse ». 1883.

[2] La situation ne s’est guère améliorée depuis. A l’occasion du 1eroctobre, date anniversaire de la réunification des zones anglophones et francophones en 1961, des manifestations ont eu lieu à Bamenda et Buéa en 2017, doublées d’appels à l’indépendance de la zone anglophone. Des bombes artisanales ont explosées sans faire de victimes, mais un gendarme a été abattu fin janvier 2018, des leaders séparatistes ont été extradés du Nigéria voisins où ils s’étaient réfugiés et arrêtés par la police camerounaise (2018).

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