Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà

 

Cameroun Ouest Bamenda Hôtel Ayaba

« L’Ayaba-hotel » est un bâtiment moderne, construit pour le premier congrès national du RDPC, au confort tout britannique : vastes chambres, couleurs douces, ambiance feutrée et distinction un peu distante du personnel. Le plus souvent ce vaste hôtel ne semble accueillir qu’une bien maigre clientèle : quelques cadres d’entreprises ou représentants de commerce, Blancs bien sûr, que l’on croise aux dîners et aux petits déjeuners. Sans conteste, la partie de l’hôtel la plus vivante est la « bottle où l’on go sheck » (la boite de nuit où l’on va danser) et dont on devine seulement l’existence par les mouvements de véhicules sur le parking et les entrées et sorties discrètes des « tourneurs » (noceurs). Parfois, une agréable jeune femme qui « boutique son cul » (l’expression est suffisamment explicite et imagée pour n’avoir pas à être traduite) s’aventure au bar de l’Ayaba pour y inviter quelque hôte de passage. L’une d’elle nous poursuivit jusque dans l’ascenseur et paraissait prête à payer largement de sa personne pour nous apprendre à danser le makossa !

Les repas de l’Ayaba sont accommodés aux goûts d’une clientèle internationale, avec des saveurs moins prononcées et des doses de piment plus adaptées aux palais fragiles des Européens. Il est néanmoins possible d’y goûter quelques préparations culinaires propres à la région, représentantes de la culture locale des peuples qui y vivent selon le principe :

« En se pliant à toutes les coutumes des habitants, on comprend mieux le pays qu’on traverse »[1] !

Par exemple, le « ndolé », le plat quasi national du Cameroun, une sorte de soupe épaisse aux « épinards ». De fait, le ndolé est préparé à base de feuilles de Vernonia, hachées et pilées finement, puis bouillies pour perdre leur amertume et enfin malaxées avec une pâte d’arachide, du sel et du piment. L’image des épinards correspond néanmoins assez bien à la couleur, la consistance et au goût, un peu amer, du ndolé.

Autre possibilité, le hérisson. On est toujours le sauvage de quelqu’un n’est ce pas ? Pour les Anglais, les sauvages sont les Français qui dégustent les grenouilles ; pour les Français, les Anglais sont les sauvages qui accompagnent un malheureux rôti d’agneau, qui n’avait rien fait ni rien demandé, d’une sauce à la menthe. Pour les Africains, les Européens sont aussi des sauvages.

« Blancs beaucoup sauvages :

Pas manger sauterelles, crapauds... »[2]

... chantaient les pauvres porteurs de colons au début du siècle. Mais revenons à notre hérisson. Seul souvenir : une viande très grasse, accompagnée d’une sauce épaisse !

Le tout s’accompagne de la frite locale, la « banane plantain ». Un peu plus grande que la banane douce, elle contient très peu de sucre. Elle est toujours consommée cuite, soit bouillie entière ou par quartiers, soit coupée en rondelles et frite à l’huile. C’est en quelque sorte la pomme de terre de l’Afrique de l’Ouest. On peut aussi en faire une espèce de purée épaisse, au goût assez fade, en écrasant les bananes bouillies avec un bâton de bambou. De fait, chaque jardin de case contient des bananiers plantains et son fruit est une des bases de l’alimentation des habitants de l’Ouest et du Sud Cameroun.

Autre préparation culinaire dans une grande partie du Cameroun, les bâtons de manioc ou Bobolo. Les tubercules de manioc sont pelés, lavés et râpés sur une tôle percée. Les cossettes obtenues sont laissées à fermenter quelques jours puis pressées à la main pour en débarrasser l’eau, et enfin mises dans une cuvette et mélangées à la main avec de l’huile de palme. La pâte de manioc est alors étendue dans des feuilles d’Halopegia azurea qui sont roulées de manière à avoir la grosseur d’un doigt et ficelées avec un lien végétal. Les bâtons de manioc, de vingt centimètres de long environ, sont ensuite mis à cuire dans de l’eau. Après cuisson, le bâton est ouvert en coupant le lien végétal laissant apparaître une pâte translucide et plastique. Ils se mangent avec de la pâte de graines de courge.


[1] Charles Reynaud. « D’Athènes à Baalbeck ». 1846.

[2] Georges Brousseau. « Souvenirs de la mission Savorgnan de Brazza ». 1925.

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