L’architecture, miroir des évolutions historiques et techniques

 

Cameroun centre Yaoundé Ministère des PTT

La ville de Yaoundé se coule dans le moutonnement de hautes collines couvertes des grands arbres de la forêt tropicale. Chacun de ces promontoires est coiffé d’un monument : le palais du gouverneur au Sud, un bâtiment d’architecture coloniale, puis le Palais de la Culture construit par les Chinois, sur le faîte d’une colline au centre de la ville, juxtaposition de gros cubes, la tour du « Sofitel » enfin, au Nord. Cette succession retrace à la fois l’histoire d’un demi-siècle d’architecture, de 1930 à 1980, de la pierre au béton, de l’horizontalité à la verticalité, et l’histoire de l’Afrique, de la colonisation à « l’Amitié entre les Peuples » et au capitalisme triomphant.

D’autres signes sont visibles d’avion : le nouveau palais présidentiel à l’extrême Nord, cube ocre massif entouré de ses casernes de la garde présidentielle, et enfin l’aéroport à l’extrême Sud. Celui-ci occupe une position originale, sur la crête d’un étroit plateau dominant la ville, comme un immense porte-avions voguant entre des quartiers de cases. La piste est très courte et ne permet pas aux gros porteurs d’atterrir, d’où la nécessité de changer d’avion à Douala pour prendre un court-courrier Boeing 737. Même avec cet avion plus petit la piste reste dangereuse et, parfois, il arrive qu’un appareil ne puisse s’arrêter suffisamment tôt et chute du haut de la colline sur les quartiers situés en contrebas.

Les bâtiments de l’aérogare sont dans un état très médiocre, le plus curieux étant l’absence de certains battants de porte sur le tarmac permettant à tous de passer sur les pistes. Dans le hall de réception des bagages, comme à la sortie du bâtiment, les jeunes porteurs s’efforcent de s’emparer de vos bagages pour essayer de gagner quelques CFA, déclenchant immanquablement des bagarres entre eux dans lesquelles des policiers interviennent brutalement en brandissant des matraques. Nos premiers voyages ne donnaient pas lieu à de telles scènes mais, avec l’approfondissement de la crise, il est devenu de plus en plus difficile de vivre pour les petits. Début 90, les chauffeurs de taxi en viennent aussi à se bagarrer pour vous avoir comme client [1]. Il n’est pas toujours possible au pouvoir de masquer la situation du pays, l’état de la ville de Yaoundé s’étant beaucoup dégradé : en 1994, des montagnes d’ordures sont abandonnées sur le trottoir, et ceci jusque dans les « beaux quartiers », la municipalité n’ayant plus les moyens d’entretenir un service de nettoiement. 

Yaoundé est un ancien poste allemand, créé en 1889. Le centre de Yaoundé est situé autour de la cathédrale et de l’Avenue Kennedy. Celle-ci est une courte avenue dans laquelle sont concentrés des banques comme la BICIC, des restaurants, « L’âne rouge » et « La terrasse du Mfoudi », une librairie papeterie, une bijouterie et un marchand libanais de produits arabes, tapis et plateaux de cuivres. Autant dire qu’on en a vite fait le tour ! Heureusement, en haut de l’avenue, sous des tentes de toile, se trouve un petit « centre artisanal », en fait quelques vendeurs qui se sont agglutinés là, des vendeurs parfaitement « pot de colle ». Si vous avez l’inconscience de pénétrer sous le toit de toile, et plus encore, le malheur de jeter un coup d’œil sur leurs produits, vous ne partez plus sans avoir acheté au moins une bricole ! Ils vous auront de guerre lasse. A noter aussi, à l’autre extrémité de l’avenue, l’existence d’un petit supermarché, type Prisunic, fort commode pour y trouver dentifrice ou shampooing que l’on aura oublié ou égaré avec sa valise.

De la cathédrale part également la grande avenue des parades militaires qui conduit au quartier des administrations dont les bâtiments ont des formes futuristes : vaste termitière du ministère des postes, cube aux arrêtes anguleuses de la mairie. Ce quartier est maintenant dominé par la haute tour de l’hôtel « Hilton » d’une architecture plutôt post-moderne avec dorures et clochetons. Du mauvais goût américain à l’état pur. En remontant la colline qui domine la cathédrale, il reste quelques bâtisses de la période coloniale dispersées dans les frondaisons de très grands arbres, dont l’ancien palais du gouverneur, mais aussi l’hôtel « Central » et, plus intéressant encore, son restaurant. C’est une vaste salle circulaire, ouverte par de très grandes baies sur les jardins un peu l’abandon qui l’entourent. Nappes blanches, majordome, léger courant d’air, calme et tranquillité, l’endroit est accueillant et vous y dégusterez de succulents avocats gros comme des melons et des brochettes de capitaine [2]charnues et onctueuses.


[1] Dans les années 90 ces problèmes seront résolus, non pas par la suppression de la misère, mais par l’éloignement du nouvel aéroport qui ne permet plus aux adolescents comme aux taxis les plus pauvres d’y venir.