Novatrices ou traditionnelles dans leurs contenus mais toujours révélatrices

 

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Nous participons parfois à quelques séances de cours qui ne manquent pas de sel. Par exemple ce cours sur la morphologie du porc en plein pays musulman. Ce qui d’ailleurs explique peut-être (en partie du moins) que le cours est entièrement réalisé en salle, sur la base de transparents (spécialement acquis à cet effet), présentant l’aspect général de l’animal, les différentes parties de son corps et leurs particularités, les différences entre les races… sans jamais aller voir les trois malheureux cochons qui se partagent l’immense porcherie de l’école ! De la théorie sans pratique…

Autre cas, un cours sur l’entretien des différentes pièces d’une charrue par un vieux professeur technique pour qui la formation en France a été la consécration de sa vie professionnelle et qui a gardé l’habitude, fort coloniale, d’appeler ses professeurs « Patron » tout en les tutoyant. L’enseignant décrit très bien la charrue avec ses différentes composantes, les raisons de son nécessaire entretien et la manière dont il faut s’y prendre pour l’entretenir. Sur le plan théorique c’est parfait, clair, précis, complet, mais il n’a manifestement jamais monté et démonté lui-même une charrue. Il ne sait pas dans quels sens se visse et dévisse un écrou et, à chaque fois, c’est un de ses élèves qui lui vient en aide. Cela me rappelle les cours sur le labour que, tout jeune ingénieur, j’avais dû faire au tableau noir devant un public d’élèves, fils d’agriculteurs, qui pratiquaient la chose concrètement depuis longtemps ! 

Au Sud de Maroua, dans un centre de formation de jeunes agriculteurs, nous avons droit une seconde fois à un cours sur la charrue en traction attelée. Décidemment la chose semble très appréciée par ici. Normal après tout, l’utilisation de la charrue, le labourage en traction animale, est d’une actualité brûlante pour permettre d’améliorer la productivité des cultures par rapport au binage manuel qui ne fait qu’égratigner un sol dur comme du béton. De plus, le bœuf produit du fumier et donc des matières organiques dont les terres de cette zone soudano-sahélienne sont terriblement dépourvues. Bizarrement, pour faire le cours sur la charrue, on nous fait entrer dans une salle de cours où est disposée, face à l’entrée, une rangée très majestueuse de magnifiques chaises de bois sombre aux dossiers hauts et droits et à l’assise de velours rouge. Plus qu’un jury de mémoire ces chaises attendent manifestement le discours du trône de la Reine Elisabeth II. Devant les places de la Reine et des notables du Royaume, au milieu de la salle, parade une magnifique charrue sur une table. Sur les autres côtés, des chaises de classe, beaucoup plus prolétariennes, sont occupées par les jeunes agriculteurs qui se lèvent précipitamment lors de notre irruption. Pour nous honorer et nous éviter une insolation, le cours sur la charrue se déroulera dans une salle de cours climatisée ! Certes, c’est beaucoup plus commode, mais est-ce efficace ?

Mais, il y eût aussi des interventions tout à fait remarquables parce qu’elles s’inscrivaient dans une réflexion sur le rôle de l’établissement dans le développement local, sur les démarches d’apprentissage, comme ces travaux dirigés sur la réalisation de parcelles de culture d’arachide, ou la réhabilitation du potager et des arbres fruitiers de l’établissement. 

L’un de nos étudiants, certainement dopé par la formation suivie et désireux de montrer sa capacité à faire une étude de qualité, eu « l’étrange idée » de remettre en état le jardin et le verger de l’exploitation de l’établissement. Avec ses élèves, il débroussailla, planta, fit réparer à ses frais la pompe pour irriguer, arrosa, nettoya, mais il lui fallut aussi surveiller les fruits et attraper les différents chapardeurs qui venaient se servir à bon compte. Il réussit à améliorer la production et à vendre sa récolte… au profit du Trésor public qui n’en demandait pas tant ! Sans parler évidemment des travaux pratiques ainsi réalisés. D’autres de nos étudiants s’intéressent aux champs labourables pour en améliorer la production. Une année, face à l’abondance de la récolte d’oignons, une bonne partie des salles de classes est transformée en magasins de stockage d’oignons, élèves et professeurs étant engagés pour le transport et le tri de la récolte ! 

Il faut aussi y ajouter le travail de bénédictin, pas spectaculaire mais néanmoins indispensable, réalisé par un des enseignants pour mettre en place un centre de documentation digne de ce nom sur la base de la multitude de documents autrefois épars dans toute l’école et bien évidemment non répertoriés et donc quasiment pas utilisés.

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