Un paysage spectaculaire

 

Cameroun Nord Monts Mandara Mokolo

Dans le Nord du Cameroun, les monts Mandara sont un long alignement montagneux, d’orientation Sud-ouest / Nord-est, s’étendant tout au long de la frontière avec le Nigeria[1]. Ce vaste ensemble accueille des populations agraires, d’ethnies différentes regroupées sous l’appellation de Kirdis. « Kirdi » serait un nom issu de la déformation locale du nom « Kurdes » qui désigne de façon péjorative les populations animistes non islamisées. Les populations kirdis auraient été chassées des vallées par les Peuls islamisés et se seraient réfugiées dans les monts Mandara.

Le climat des Monts Mandara est de type tropical d’altitude avec des températures relativement basses de novembre à janvier (20 à 25°) et très élevées en Mars et Avril (40 à 45°c). Les précipitations varient entre 700 et 900mm avec une saison des pluies qui dure de Mai à Septembre. 

Le vent dominant est l’Harmattan qui souffle du Nord au Sud, c’est un vent très chaud qui vient du Sahara. Au terme de la saison sèche, fin mai début juin, avant les premières pluies, se produisent parfois de mini-tornades assez spectaculaires. L’horizon s’obscurcit et progressivement le nuage envahit lentement le ciel comme un couvercle se refermant sur une boite ; d’un côté le soleil éclate sur fond bleu, de l’autre c’est un linceul noir. Celui-ci masque progressivement le soleil et c’est une nuit absolue qui s’abat sur vous, en même temps que de fortes bourrasques de vent balayent le sol. Malgré les phares allumés des automobiles, on ne voit plus rien, alors que des vagues de sable soulevé par le vent obscurcissent encore l’espace. Tout se met à voler, branches d’arbres, sacs de plastiques, linge, étalages, tôles des toitures... Puis tout s’arrête aussi brutalement que cela a commencé. Sans qu’il ne tombe une seule goutte d’eau pour rafraîchir l’atmosphère !

Les paysages des Monts Mandara sont spectaculaires. Compte tenu d’une densité de population assez élevée, les populations cultivent les flancs des collines et montagnes en y réalisant des cultures en terrasses, mais ces terrasses sont extrêmement basses, vingt à trente centimètres seulement, soutenues par une, ou deux maximum, rangées de pierres. Les plantes cultivées sont le mil, le sorgho, le maïs, l’arachide, le niébé, le soja, le haricot, la patate douce, la pomme de terre et le manioc, souvent cultures associées (mil et haricot par exemple). L’élevage concerne les bovins, caprins, ovins et la volaille. Le paysage est celui d’une savane arborée dégradée par suite de la démographie et la surexploitation des activités agricoles, le surpâturage, et l’exploitation intensive du bois.

Disséminées au milieu de ces petites terrasses, les hameaux sont composés de plusieurs cases de pierres sèches, aux toits de paille pointus, reliées entre elles par des passages ou des murs concaves donnant à chacune l’allure de petits châteaux-forts dominés par des tours rondes. Ce dispositif de défense est parfois complété par des bandes de buissons épineux.

« Les concessions de montagne se présentaient comme autant de bastions, avec parfois leur défense végétale individuelle »[2].

Chaque concession est composée de cases « chambre », de cases « cuisine », de cases « étable » et de greniers dont les formes, l’agencement, le regroupement, permettent de différencier chacune des différentes aires tribales. Les greniers individuels qui servent à la conservation des céréales (mil, sorgho, maïs), sont des structures de terre, de forme ovale, qui reposent sur de grosses pierres pour éviter l’introduction des rongeurs et des termites. 

Dans la concession, une des cases est réservée à l’élevage d’un bœuf, lequel est engraissé pour être sacrifié à l’âge de trois/quatre ans à l’occasion d’une fête. 

 

Bamenda / Yaoundé / M’Balmayo / Maroua / Montpellier,  août 1989 / novembre 1994

 

[1] Le groupe islamiste Boko Haram est présent dans la région. En 2015, ses combattants ont attaqué deux villages proches de la ville de Mokolo située au centre de cette région et ils ont réussi à enlever des dizaines d'otages (2018).

[2] Voir le remarquable ouvrage de Christian Seignobos. « Nord Cameroun, montagnes et hautes terre ». 1982.

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