Des sanctions économiques jamais entièrement levées

 

Iran Rial

Si les sanctions internationales ont été levées le 16 janvier 2016suite à l'accord passé en 2015, les sanctions américaines (jamais abrogées par le Congrès américains), ont néanmoins continué de peser sur l’économie iranienne du fait de l’extraterritorialité des règles américaines. L’OFAC (Office of Foreign Asset Control), une division du Trésor américain dotée de pouvoirs réglementaires mais aussi de sanction, traque les entreprises soupçonnées de ne pas respecter les règles d’embargos décidées par les Etats-Unis. Les Etats-Unis considèrent en effet que si une entreprise à un lien avec le pays, que ce soit par l’utilisation des dollars comme moyen de paiement, l’existence de filiales aux USA, de clients ou de fournisseurs américains, l’entreprise doit respecter les règles américaines dans toutes ses transactions internationales même quand elles ne concernent pas les Etats-Unis ! Cette menace de sanction a dissuadé les organisations bancaires et les entreprises de faire affaire avec l’Iran sous peine de ne plus pouvoir traiter avec les Etats-Unis ou de devoir payer des amendes colossales. En conséquence, les grandes banques européennes sont devenues très frileuses dans leurs financements des investissements européens en Iran comme des échanges commerciaux avec l’Iran après l’amende de 8,9 milliards de dollars infligée en 2014 par le Trésor américain à BNP Paribas par suite de ses activités avec l’Iran libellées en dollars.

L’économie iranienne n’a donc pas profité de la levée de l’embargo de 2016 à 2018 et les fabuleux contrats signés n’ont donné lieu à aucune réalisation concrète (pour les Français : Airbus avec la livraison d’avions, Total avec l’exploitation du gisement de South Parth, Accor avec la réalisation d’une chaîne d’hôtels, Renault et Peugeot avec la construction d’usines de montage, etc.). Si les échanges économiques avec l’Iran ont néanmoins augmenté c’est surtout sur des échanges de court terme, des livraisons commerciales de pièces détachées par exemple.

Les grandes banques internationales refusant de faire des transferts bancaires internationaux, les entreprises doivent passer soit par de petites banques étrangères ou utiliser des comptes bancaires dans des pays tiers, par exemple pour une agence de voyage française, les services d’une banque intermédiaire à Hong Kong ou, pour un commerçant iranien, une banque des émirats arabes en libellant les factures dans la monnaie de ces pays. Autre conséquence : les cartes bancaires et les chèques de voyages des banques internationales ne sont pas acceptés en Iran.

Lors de notre séjour en Iran, en mai 2018, la nouvelle menace d’embargo par les Etats-Unis a entraîné une dégradation de la situation monétaire et des difficultés de change en Iran. Comme la chute du rial sur le marché libre menaçait de relancer l’inflation, le gouvernement a décidé, le 10 avril, d’unifier les taux de change officiel et libre en fixant une parité unique pour le rial avec le dollar soit 42 000 rials pour 1 USD[1] correspondant de fait à une dévaluation de 11% du rial par rapport au dollar à son cours officiel précédent. Puis, en mai, tous les bureaux de change sont fermés. Malgré les menaces de sanctions pénales, des transactions illégales se poursuivent, c’est ainsi que nous avons pu vendre, à nos risques et périls, des euros contre des rials à 60 000 rials contre un euro alors que le taux officiel était de 46 000 rials pour un euro. La monnaie de référence en Iran est désormais l’euro, le gouvernement venant de décider d’effectuer ses paiements internationaux dans cette devise. Les Iraniens qui voyagent à l’étranger sont également limités dans les devises qu’ils peuvent exporter, de 500 à 1 000 € par personne, selon les pays, ce qui ne fait pas grand chose pour se rendre dans un pays européen par exemple, le rial étant bien sûr inconvertible à l’étranger. 

La croissance de l’économie iranienne à moyen et long termes est tributaire de l’évolution de son intégration dans l’économie mondiale (secteur bancaire, échanges commerciaux, investissements). Après l’annonce des nouvelles sanctions américaines, cela va dépendre désormais de la mise en place par les pays européens de mesures de protection de leurs échanges commerciaux avec l’Iran contre les menaces américaines, mais plus le temps passe et moins cela paraît vraisemblable ! Seuls restent les échanges avec la Russie et la Chine dont les entreprises sont beaucoup moins sensibles aux menaces américaines car moins dépendantes des Etats-Unis.


[1] En 1979, la parité du rial était de 70 pour un $, au début de 2012, avant l’embargo de 26 000 pour un $, après la décision d’embargo de 36 000 pour un $.

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