Un gaspillage de la ressource en agriculture 

 

Iran Route de Kerman à Yazd Pistachier

La culture du pistachier est un autre exemple des problèmes de gestion de l’eau en Iran. Le pistachier est un arbre doublement symbolique dans ce pays. D’une part parce qu’il y pousse spontanément  dans les zones arides du Nord-est de l'Iran et du Nord de l'Afghanistan d’où il est originaire. Il y était déjà cultivé il y a 3 000 à 4 000 ans et fut introduit dans le bassin méditerranéen par les Romains au début de l'ère chrétienne. D’autre part parce que l’Iran fut longtemps le premier producteur mondial de pistaches.

Le pistachier (Pistacia vera) est un arbuste de 3 à 7 mètres de haut. Les feuilles sont caduques (elles tombent en hiver), alternées, un peu coriaces, à nervures proéminentes, avec trois à cinq folioles ovales. Comme le palmier, le pistachier est un arbre dioïque, c’est à dire que les fleurs mâles et femelles sont portées par des pieds différents et la fécondation des fleurs femelles est assurée par la proximité des pieds mâles (un pied mâle pour 10 à 200 oieds femelles). Le fruit est une drupe (fruits dont la graine, souvent appelée amande, est contenue dans un noyau dur qui peut être entouré d'une partie charnue), monosperme (un seul noyau), ovoïde, à péricarpe sec (pellicule qui entoure la graine) et endocarpe (coque) dur, souvent fendu[1].

Le pistachier est cultivé pour ses amandes comestibles. Pour donner des fruits de qualité, les pistachiers ont besoin du froid hivernal et d'une grande chaleur estivale (température supérieure à 30°C durant 98 à 110 jours par an). Ils s'adaptent à tous les sols pierreux, superficiels et secs grâce à leur système radiculaire puissant. La région de Kerman, la capitale de la pistache, située à 1800 mètres d’altitude, est bien adaptée au développement de cette culture[2]. Les premières récoltes de pistaches apparaissent au bout de 6 à 8 ans. Les pistachiers peuvent vivre plus de 100 ans.

Le pistachier a joué un rôle majeur dans notre compréhension du mode de reproduction des végétaux grâce aux observations de Sébastien Vaillant (1669 / 1722). Celui-ci avait remarqué qu’un pistachier esseulé du Jardin du Roi à Paris fleurissait tous les ans sans fructifier (un pistachier mâle)[3]. Il avait également remarqué qu’un autre spécimen de pistachier, aux fleurs différentes, situé dans le jardin des Apothicaires (un jardin qui se trouvait dans un autre quartier, à l’emplacement de l’actuel Institut National Agronomique), fleurissait également sans fructifier (un pistachier femelle). Il eut l’idée d’apporter une branche fleurie du pistachier du Jardin du Roi et de la secouer près du pistachier en fleurs du jardin des Apothicaires. Des fruits apparurent sur le second pistachier pour la première fois ! Cette expérience démontrait la sexualité des plantes et le mécanisme de la pollinisation.

Mais revenons aux pistachiers iraniens ! Il faut irriguer les arbres en période chaude, ce qui se fait traditionnellement par immersion : une à trois fois par mois, on ouvre les vannes des canaux d’irrigation jusqu’à ce que l‘eau recouvre la totalité du sol. Cette méthode est très consommatrice en eau par suite des pertes par évaporation et par infiltration. La régulation de la consommation en eau s’effectuait autrefois par l’intermédiaire du débit des qanâts, ces tunnels souterrains, creusés à la pioche, qui acheminent sur des kilomètres l’eau de la fonte des neiges ou des nappes souterraines des montagnes. Avec la réforme agraire et l’apparition des pompes électriques, chaque producteur a puisé dans les nappes phréatiques, sans retenue et sans contrôle, comme si la ressource était inépuisable. Au fur et à mesure de l’épuisement des nappes, les pistachiers insuffisamment arrosés se sont desséchés. La province de Kerman perdrait ainsi, tous les ans, 20 000 hectares de ses plantations selon une étude menée par la Chambre de commerce iranienne. 

Avec 200 à 250 000 tonnes par an, l’Iran a perdu sa place de premier producteur mondial de pistaches au profit des Etats-Unis. La gestion de l’eau doit se penser non pas en termes techniques de court terme, mais de manière globale, avec de nouveaux modes de culture (l’irrigation au goutte à goutte qui consomme trois fois moins d’eau)[4], et le contrôle de l’utilisation de la ressource. 


[1] V.A. Evreinoff. « Le Pistachier. Etude pomologique ». Journal d'agriculture traditionnelle et de botanique appliquée. 1955.

[2] Radio Télévision Suisse. « A Bon Entendeur – La production de pistaches en Iran ». 25 octobre 2016.

[3] Ce pistachier est toujours visible au Jardin des Plantes – Muséum National d’Histoire Naturelle.

[4] Amélie Neuve-Eglise. « L’agriculture iranienne : une modernisation inachevée ». La revue de Téhéran. N°14. Janvier 2007.

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