Une place qui n’est pas très enviable – Les femmes sont l’avenir de l’Iran 

 

Iran Kashan Maison Tabâtabaî

« Comment as-tu pu pensé que je fusse assez crédule pour m’imaginer que je ne fusse dans le Monde que pour adorer tes caprices ? Que, pendant que tu te permets tout, tu eusses le droit d’affliger tous mes désirs ? Non ! J’ai pu vivre dans la servitude mais j’ai toujours été libre : j’ai reformé tes lois sur celles de la Nature, et mon esprit s’est toujours tenu dans l’indépendance »[1]. 

Dans la République Islamique, le sort des femmes n’est pas enviable : une femme vaut la moitié d’un homme dans le droit à l’héritage, le port du voile et d’un manteau qui cache les formes est imposé, elle ne peut exercer un métier ni voyager à l’étranger sans l’autorisation de son mari, la polygamie est autorisée ainsi que la pratique du « mariage temporaire » d’une heure minimum, officialisée par un mollah contre espèces sonnantes[2]. Son témoignage en justice n’a de valeur que si elle est accompagnée de deux hommes et la logique mathématique tourne à l’abjection dans le versement d’indemnités pour avoir tué ou blessé une femme : la moitié de celles qui seraient dues pour un homme !

Bien que nos « démocraties occidentales » soient très loin d’être exemplaires sur l’égalité entre femmes et hommes (fonctions de responsabilité plus difficiles d’accès, salaires moindres à travail égal et violences faites aux femmes), ces règles d’inégalité institutionnalisées nous heurtent et participent à faire de l’Iran un pays honni.

Ali Akbar Hachemi Rafsandjâni, Président de la République entre 1989 et 1997, avait fait supprimer les lois ou règlements interdisant ou limitant l’accès des femmes à certaines filières universitaires ou à certains emplois. La loi votée par le Conseil supérieur de la Révolution culturelle définit les devoirs essentiels de la femme qui sont d’être épouse et mère. Elle précise quels sont les métiers « souhaitables » pour les femmes en les classant en quatre catégories. La première comprend les métiers « respectueux des spécificités physiques et psychologiques féminines » (sic !), l’ingénierie électronique et informatique, la pharmacologie, l’assistance publique et sociale, la traduction et l’écriture. Le second comprend les métiers recommandés par la tradition islamique : la recherche scientifique, la médecine, l’enseignement. Le troisième comprend les métiers unisexes où seule compte la qualification comme le travail ouvrier. Le dernier concerne les métiers interdits aux femmes : pompier ou magistrat[3]. L’accès massif des femmes à l’éducation (plus de la moitié des étudiants) et leur part grandissante dans la population active (11 %) changent progressivement la place de la femme dans la famille[4] et la société même si leurs activités professionnelles sont encore plutôt considérées comme une aide financière au ménage. Selon des sondages, en 1975, 72% des sondés considéraient que ce sont les chefs de famille qui prennent seuls les décisions, en 2004, cette proportion est passée à 33%. 

Il n’y a pas besoin d’avoir un œil très aiguisé pour constater que la société iranienne est traversée de contradictions et d’oppositions. En fonction des origines, urbaines ou rurales, des classes sociales ou des classes d’âge, le port du voile est un langage particulièrement clair : intégral et noir pour les classes sociales rurales, urbaines pauvres et les femmes âgées, très relâché, porté sur le chignon, coloré et agrémenté de lunettes de soleil pour les jeunes femmes des classes aisées… avec toutes les catégories intermédiaires ! Le constat est le même pour le port du manteau : long, flottant et noir, ou cintré, au dessus du genoux et coloré. Ajoutez l’usage du maquillage qui, s’il n’est jamais outrancier, est généralement très élaboré. Enfin, il y a les comportements des personnes que l’on croise dans la rue, les jardins. Plus que les hommes, les femmes saluent et adressent leurs vœux de bienvenue aux étrangers, souhaitent vous prendre en photo ou se faire prendre en photo avec vous, se montrent souriantes, prêtes à engager la discussion autant que faire se peut du fait de notre plus ou moins grande maîtrise réciproque de l’anglais. 

Je ne suis pas sûr que les Iraniennes « affligeront encore longtemps tous leurs désirs » !


[1] Montesquieu. « Lettres persanes ». 1721.

[2] Chahdortt Djavann. « Les putes voilées n’iront pas au paradis ». 2016.

Soudabeh Mortezaï. « Les noces persanes ». Arte. 8 janvier 2013.

[3] Shahâb Vahdati. « Le travail des femmes en Iran : la lutte pour l’égalité ». La revue de Téhéran. N°140. 2017.

Imam Khomeiny : « Au terme de la loi coranique, n'importe quel juge réunissant sept conditions : être pubère, croyant, connaître parfaitement les lois coraniques, être juste, ne pas être atteint d'amnésie, ne pas être bâtard ou de sexe féminin, est habilité à rendre la justice dans n'importe quel cas ».

[4] Voir le récit tout en finesse de Zoyâ Pirzâd.  « On s’y fera ». 2007.

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