Violences physiques et police de la Vertu

 

Iran Natanz Mosquée du Vendredi

 « La vie dans la République islamique était aussi capricieuse que le mois d’avril où de brefs moments ensoleillés laisse soudainement place aux averses et aux orages. Elle était imprévisible. Le régime passait par des phases alternées de tolérance et de sévérité »[1].

En 1979, le pouvoir théocratique s’est mis en place dans la violence et la terreur. Aujourd’hui, une des formes de cette violence réside dans le statut de la femme laquelle est considérée comme une éternelle mineure, dépendante de son père, de ses frères ou de son mari, ne comptant que pour la moitié d’un homme, ne pouvant pas occuper tous les emplois et qui doit être voilée et cacher sa féminité. Mais la violence faite aux femmes est aussi une violence faite aux hommes, car les uns et les autres ne peuvent pas développer entre eux des relations simples dans la sphère publique, qu’elles soient amicales ou amoureuses. Le statut de la femme impose à tous unevision du monde basée sur la coupure en deux de l’universel : les hommes et les femmes.

Cette violence sur la moitié de l’Humanité constitue aussi une menace permanente pour tous car elle rappelle constamment, aux femmes comme aux hommes, la toute puissance de l’Etat des mollahs et sa capacité à punir si l’on s’écarte de la voie tracée par le Guide[2]. D’autres formes de cette violence, enfin, c’est l’impossibilité de créer des mouvements pouvant exprimer des opinions différentes et la répression à l’égard des journalistes (intimidations permanentes, arrestations arbitraires, condamnations)[3]. Pendant notre séjour, nous pouvons constater que toute une série de sites internet français, pourtant parfois bien anodins, sont bloqués par la censure.

A l’exception du port obligatoire du foulard et du manteau pour les femmes, comme touristes étrangers de passage nous pouvons difficilement nous rendre compte de la violence journalière, même si la situation est vraisemblablement moins pire qu’elle n’était[4]. Nous sommes même très satisfaits de l’accueil charmant qui nous est fait tant par les professionnels du tourisme (guides, restaurateurs, hôteliers) que par les personnes rencontrées incidemment dans la rue. Nous n’avons pas vu la policereligieuse, appelée Gasht e Ershad (« Police de la Vertu » en Persan), exercer ses fonctions, ce qui ne veut pas dire que celle-ci a disparu. La preuve de son existence est révélée par la prise de vue de l’agression d’une jeune femme par quatre mégères, policières vertueuses, dans un parc de Téhéran, le 18 avril, quelques jours avant notre départ pour l’Iran[5]. Certes, après la diffusion de cette vidéo sur les réseaux sociaux, le Président Hassan Rohani a déclaré « La promotion de la vertu ne marchera pas en utilisant la violence ». Mais le pouvoir théocratique a-t-il encore les moyens d’user massivement de la violence physique comme il l’avait fait après la révolution de 79 ?

La situation actuelle n’est plus celle qui prévalait pendant les années 80 et les deux principaux facteurs de l’unité nationale des années 80 / 90 n’existent plus : l’Imam Khomeiny symbole de la lutte contre le Shah et le sursaut contre l’agression irakienne. Par ailleurs, il n’est pas sûr que le pouvoir théocratique bénéficie encore de l’appui massif des classes populaires, comme cela avait été le cas avec la révolution et pendant la guerre Irak / Iran. Au cours de ce conflit les classes populaires ont en effet payé le prix fort, même si elles auraient bénéficié de compensations partielles (places réservées dans les emplois, à l’université, pensions) ? 

Enfin, dans la partie économique mondiale qui se joue autour de la mise en œuvre de l’accord sur le nucléaire iranien, le pouvoir des mollahs a tout intérêt à afficher un visage présentable et, dans ce contexte, les actions trop voyantes de la police de la vertu n’apparaissent certainement pas souhaitables aux yeux des responsables actuellement en place. Si l’utilisation de la violence physique est bien évidemment toujours possible, elle devient peut-être plus difficile à utiliser massivement.


[1] Azar Nafisi, « Lire Lolita à Téhéran ». 2003.

[2] Lire le magnifique conte symbolique de Mahtab Saboori. « Passage par des rêves noirs et blancs ». 2016.

[3] Reporters Sans Frontières classe l’Iran 164epour le respect de la liberté de la presse en 2018.

[4] Cf. Marjane Satrapi, « Persépolis », 2000 ; Azar Nafisi, « Lire Lolita à Téhéran », 2003 ; Shahriar Mandanipour, « En censurant un roman d’amour iranien », 2008 ; Chahdortt Djavann, « Je ne suis pas celle que je suis », 2011.

[5] France 24. « Une Iranienne agressée par la police de la vertu pour avoir porté son hijab "de manière inconvenable" ». Diffusée le 20 avril 2018.

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