Un poème de Zeca Afonso – Le signal de la Révolution des œillets de 1974

 

Portugal Alentejo Grandola

En allant de Lisbonne en Algarve, l’autoroute traverse la région de l’Alentejo et longe la ville de Grândola… Une petite ville dont nous entendîmes beaucoup parler en 1974, ou plutôt, que nous entendîmes souvent chanter ! « Grândola, Vila Morena »est le titre d’une chanson portugaise composée par José Manuel Cerqueira Afonso dos Santos (Zeca Afonso, 1929 / 1987). Elle raconte la fraternité des habitants de Grândola. Considérée comme subversive par le régime du dictateur Antonio de Oliveira Salazar parce qu’exaltant des « idées communistes », elle fut censurée.

Le 25 avril 1974, à minuit vingt, cette chanson interdite a été diffusée à la radio portugaise « Radio Renascença ». C’était le signal attendu par de jeunes capitaines de l’armée pour faire marcher leurs soldats sur Lisbonne et renverser le régime.

Grândola, vila morena
Terra da fraternidade
O povo é quem mais ordena
Dentro de ti, ó cidade

Dentro de ti, ó cidade
O povo é quem mais ordena
Terra da fraternidade
Grândola, vila morena

Em cada esquina um amigo
Em cada rosto igualdade
Grândola, vila morena
Terra da fraternidade

Terra da fraternidade
Grândola, vila morena
Em cada rosto igualdade
O povo é quem mais ordena

À sombra duma azinheira
Que já não sabia a idade
Jurei ter por companheira
Grândola a tua vontade

Grândola a tua vontade
Jurei ter por companheira
À sombra duma azinheira
Que já não sabia a idade

Grândola, ville brune,
Terre de la fraternité,
Seul le peuple ordonne
En ton sein, ô cité

En ton sein, ô cité,
Seul le peuple ordonne,,
Terre de la fraternité,
Grândola, ville brune.

A chaque coin de rue, un ami,
Sur chaque visage, l’égalité,
Grândola, ville brune,
Terre de la fraternité.

Terre de la fraternité,
Grândola, ville brune,
Sur chaque visage, l’égalité,
Seul le peuple ordonne

A l'ombre d'un chêne vert
Qui ne connaissait plus son âge,
J'ai juré d’avoir pour compagne,
Grândola, ta volonté

Grândola, ta volonté,
J'ai juré d’avoir pour compagne,
A l'ombre d'un chêne vert
Qui ne connaissait plus son âge.

Il s’agit d’un poème de José Afonso, écrit en remerciement de l’accueil que lui avait réservé la société musicale « Fraternité ouvrière de Grândola », le 17 mai 1964, lors d’un concert organisé dans la salle des fêtes de la ville. Le poème est publié en 1966 dans le recueil « Cantares ». « C’est un poème en « redondilha maior », un vers heptasyllabique typique de la poésie populaire médiévale portugaise »[1]. Ce poème ne devient une chanson qu’en octobre 1971. La chanson n’est pas accompagnée d’une instrumentation ; sur un fond de bruit de marche, une voix d’homme entonne la première strophe que le chœur, exclusivement masculin, reprend en contrepoint donnant à l’ensemble beaucoup de solennité. A l’entrée de la petite ville a été érigé un monument, sous la forme d’un mur courbe, décoré d’azulejos sur lesquels sont inscrites les paroles et la musique de la chanson.


[1] Marie-Noëlle Ciccia. « Grândola Vila Morena : l’hymne de la contestation portugaise ». Lengas, revue de  sociolinguistique. 74 / 2013.

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