Un coin dans l’océan – Un appel à la découverte de « l’outre-mer »

 

Portugal Algarve Cap Sao Vicente

L’immense continent eurasiatique se confronte finalement avec l’Atlantique. Quelques caps mythiques rendent compte de cette arrivée au bout du monde, face à l’immensité mouvante et mystérieuse de l’océan : la Pointe du Raz en Bretagne, le Lands End en Cornouaille, la péninsule de Dingle en Irlande, le Cabo da Roca au Portugal « où la terre s'arrête et où la mer commence »[1]… et le cap Saint-Vincent en Algarve. Au sud du continent européen, le Cabo de São Vicente a longtemps été considéré comme la fin du monde connu. Cet espace, qui s'étend de la pointe de Piedade (proche de Lagos), à Ponta de Sagres et São Vicente, s’enfonce comme un coin dans la mer, avec ses hautes falaises battues par les vagues, a dû être considéré très tôt comme un « promontoire sacré ».

C’est l'une des plus grandes zones de constructions mégalithiques en Europe. Dans l'antiquité, la zone était dédiée à Saturne (« qui préside aux choses du temps » comme chacun sait[2]). Le mythe de lieu sacré se poursuivit au Moyen-âge en faisant du cap un haut lieu de la religion chrétienne. En 1171, sous les ruines d’une chapelle, des fouilles firent apparaître une dépouille attribuée à Saint-Vincent de Saragosse, le Saint-Vincent des vignerons (une parmi les trois dépouilles revendiquées). Elle y aurait été ensevelie quatre siècles auparavant par des Valentinois fuyant les musulmans[3]. La dépouille du saint a ensuite été transportée à Lisbonne, en 1173, et ensevelie dans le monastère de Saint-Vincent de Fora.

Il n’est donc pas étonnant que les Portugais firent de cet endroit le haut-lieu de leurs aventures transocéaniques. De ce « bout du monde », il fallait aller voir ce qu’il y avait encore plus loin, en longeant la côte africaine d’abord, puis en se lançant dans l’inconnu du vaste océan. Le promontoire de Sagres, au Sud du cap Saint-Vincent, a été donné en 1443 par le régent Don Pedro à son frère, l’Infant Henri dit « Le navigateur » (1394 / 1460). Le village de Terçanabal, ruiné par les pirates barbaresques, a alors été reconstruit et repeuplé dans les objectifs de protéger les vaisseaux qui se réfugiaient dans les criques voisines dans l'attente de vents favorables pour doubler le cap, de contrôler la circulation maritime au large du cap, et enfin de recueillir en premier des informations sur les découvertes de terres nouvelles faites par de hardis navigateurs en évitant leur diffusion. La légende veut que les murs de la première citadelle, construite au XVesiècle par l’Infant Henri, aient été dressés sur les ruines d’un ancien couvent médiéval. Henri le Navigateur y mourut en 1460. 

Afin de contrôler la navigation et d’assurer la défense de la région, les premiers éléments de la fortification de Sagres sont étendus sous le règne de Philippe Ier (1527 / 1598). Les Anglais, conduits par l’ancien corsaire Francis Drake et désormais Lord de sa majesté britannique, attaquent la région de Sagres en 1587 et détruisent les fortifications. Philippe III (1605 / 1665) fait construire de nouveaux bastions en 1631, lesquels seront gravement endommagés par le tsunami qui a suivi le tremblement de terre de 1755, lorsque la vague gigantesque a atteint la hauteur de la falaise ! Les anciens murs médiévaux seront démolis et une nouvelle ligne de fortification est édifiée en 1793-1794 pour fermer la pointe du promontoire. Elle est alors adaptée à la puissance de l'artillerie de l'époque, plus basse et plus compacte en utilisant du mortier de plâtre pour mieux absorber l'impact des projectiles. L’ensemble peut se visiter… ou du moins être un lieu de promenade agréable car, excepté le paysage spectaculaire, il y a peu de bâtiment à observer.

« Sagres est aujourd’hui un élan brisé, la flèche désignant une route perdue, réellement et symboliquementIci, le sens de l’histoire n’a été perpétué que par la fatalité de la durée naturelle, et cet âpre rocher, où la vie ne se résigne pas à renoncer, reste là, raidi en un geste inutile et obstiné, vêtu d’un manteau de chardons, cilice dont il se mortifie »[4].


[1] Luis de Camões (c. 1525 / 1580). « Les Lusiades ».

[2] « Il est morne, il est taciturne 
Il préside aux choses du temps 
Il porte un joli nom, Saturne 
Mais c'est Dieu fort inquiétant… ». Georges Brassens. « Saturne ». 1964.

[3] De Lacger Louis. « Saint Vincent de Saragosse ». « Revue d'histoire de l'Église de France », tome 13, n°60, 1927. In Persée 2016.