Lagos, le point de départ des conquêtes océanes – Une décoration spectaculaire à moindre coût

 

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Lagos est située à 25 km à l’Est du Cap Saint-Vincent. Dans l'embouchure du fleuve Bensafrim, son port est un abri pratique et protégé. 

C'est à Lagos que le roi João Ier rassemble une flotte pour s'emparer de Ceuta en 1415, ce qui constitue la première incursion de l'Europe médiévale en Afrique. C'est à Lagos également que l'infant Henri arme les caravelles qui explorent les côtes du continent africain, doublent le cap Bojador en 1434, cap au-delà duquel l’on affirmait que la mer bouillonnait et était peuplée de monstres marins, et fonde la ville de Lagos, capitale de l’actuel Etat du Nigéria. Et c'est naturellement à Lagos que débarquent les premiers captifs africains et que s’ouvre, en 1444, le premier marché aux esclaves noirs. Henri le Navigateur percevait d’ailleurs 20 % sur le prix de vente en tant qu’investisseur dans les expéditions africaines. 

C'est aussi de Lagos que part, en 1578, le roi Sébastien 1er pour conquérir le Maroc. Sébastien 1er meurt et « disparaît »[1] lors de la bataille de Ksar-el-Kébir ce qui aboutit au passage du Portugal sous l’emprise de Philippe II d'Espagne.  

Lagos est aujourd’hui une petite ville agréable qui vit essentiellement du tourisme balnéaire. Son monument emblématique est l’église Saint-Antoine, de 1715, exceptionnellement préservée par le tremblement de terre de 1755 dont l’épicentre était situé au large du cap Saint-Vincent. Le commandant du régiment d'Infanterie de Lagos ordonna quelques réparations ce qui expliquerait pourquoi la statue polychrome de Saint-Antoine de l'autel porte désormais une tenue militaire ! Saint-Antoine, d’origine paysanne, est connu pour avoir passé toute sa vie en ermite, ce qui ne correspond pas tout à fait aux caractéristiques de la vie militaire. C'est dans cette église que le roi Sébastien Ieraurait assisté à sa dernière messe avant sa calamiteuse campagne marocaine.

La façade de l’église est très sobre et contraste avec l’exubérance de la décoration intérieure composée d’azulejos blancs et bleus et de bois sculptés (talha dourada) complétés de peintures représentant les miracles de Saint-Antoine. 

Les talhas douradas sont des panneaux de bois sculptés puis dorés à la feuille. Cette technique est particulière à la péninsule ibérique et ses colonies, utilisée notamment dans les églises, pour les autels et les retables. C’est une manière impressionnante, mais simple, de décorer richement et spectaculairement un bâtiment ; la taille sur bois est rapide, facilement adaptable à un espace donné, et finalement assez peu onéreuse car la quantité d’or nécessaire est faible. 

La technique du bois sculpté et doré est utilisée dès le Moyen-âge en s’inspirant d’abord des modèles de l’orfèvrerie. Elle se développe ensuite à la Renaissance. La crise économique de la fin du XVIesiècle, par suite de l’endettement consécutif au désastre de Ksar-el-Kébir, de la perte du commerce des épices et du rattachement à l’Espagne, provoque une diminution des sources de revenus et réduit les commandes en tableaux et sculptures au profit de réalisations moins coûteuses, ce qui explique en partie l’importance des talhas douradas au Portugal. Ceci d’autant plus qu’à la même époque l’église catholique est engagée dans la lutte contre le schisme protestant, et qu’elle souhaite appliquer les recommandations du Concile de Trente qui donnent une certaine importance aux images pieuses. Après la domination des rois d'Espagne et la restauration de l'indépendance du Portugal en 1640, le style des talhas douradas s’oriente vers les formes traditionnelles portugaises, notamment les décorations romanes et manuélines, naturalistes, végétales, avec feuilles de vigne et d'acanthe, anges et oiseaux. 

Les règnes de Jean V (1689 / 1750) et de son fils Joseph Ier (1714 / 1777) connurent plus de stabilité politique et des afflux d’or (jusqu'à 1 200 kg / an) et de diamants du Brésil qui permirent la réalisation de palais, d’édifices religieux et de décorations fastueuses. Le style des Talhas douradas s’adapta sans difficulté aux éléments du langage rococo : profusion décorative, compositions asymétriques, volutes, colonnes torses, putti, feuillages et coquilles.


[1] L'absence de cadavre de Sébastien 1er (lequel ne sera ramené au Portugal qu'en 1582, après la conquête du pays par Philippe II d’Espagne et sur son ordre) fut à l’origine d’un mythe, celui du « roi dormant » selon lequel le roi avait échappé à la mort et qu’il reviendrait au Portugal en cas de crise grave pour sauver le royaume.

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