Un décor fastueux, bleu et blanc - Un programme iconographique sur les vertus chrétiennes

 

Portugal Algarve Sao Lourenco

L'église de São Lourenço dos Matos (Saint-Laurent des bois) a été construite à la fin du XVIIsiècle, et consacrée à Saint-Laurent à la suite d'un miracle qu’aurait effectué le Saint lorsque les habitants souffraient d’un manque d'eau. Elle est située à quelques mètres de la voie express N125 qui traverse tout l’Algarve laquelle, trop souvent hélas, dessert aussi des centres commerciaux, des zones artisanales, des espaces d’entreprises, bref des paysages composés de bric et de broc, sans continuité, agrémentés de publicités agressives ou de terrains à l’abandon. 

Facile d’accès quand on vient de l’Est (à condition de ne pas manquer le carrefour sinon vous voilà embarqués dans un voyage au long cours sur une route à chaussées séparées jusqu’au prochain rond-point ou au pont suivant), l’église s’atteint plus difficilement en venant de l’Ouest en passant par un itinéraire compliqué vous faisant craindre à chaque instant un retour dans le mauvais sens sur la voie express. 

Mais revenons à l’objet de notre propos, Saint-Laurent. Laurent de Rome (210 ou 220 / 258) est né à Huesca, en Espagne. Il est mort en martyr en 258 à Rome, pour avoir osé défier l’Empereur en ne lui donnant pas les richesses de l’église qu’il aurait distribuées aux pauvres. L’empereur l’aurait alors fait étendre sur un grill. Saint-Laurent est donc à la fois le patron des pauvres et des rôtisseurs ! Curieuse confrontation.

La plus ancienne référence à l’église d‘Almancil est de 1672, dans le livre de la paroisse[1]. C’est une église qui serait des plus simples, à nef unique, avec des autels latéraux, si le chœur n’était pas surmonté d’un petit dôme hémisphérique. L'extérieur de l'église est sobre : une façade lisse, blanche, coiffée d’un fronton aux lignes courbes et décoré de volutes, encadrée par des coins de pierre grise, un portail central aux lignes droites surmonté d’une fenêtre avec un fronton brisé. A gauche, à l’arrière, un clocher auquel on accède par un long escalier droit extérieur. Sur le chevet plat de l'église, un vaste panneau d'azulejos représente Saint-Laurent sous une coquille baroque.

L’intérieur est totalement recouvert d’azulejos, murs, piliers, voûte, dôme, à l’exception de l’arc en plein cintre qui ouvre sur le chœur et la corniche qui supporte la voûte. Les panneaux d’azulejos ont été exécutés en 1730 par Policarpo de Oliveira Bernardes. Les huit panneaux de la nef représentent des scènes de la vie et du martyr de Saint-Laurent de Huesca et, dans le dôme, Saint-Laurent est conduit au ciel. Les panneaux des piliers portent des allégories de la vertu, la liberté, la pauvreté, la chasteté, l’obéissance, la miséricorde, la patience, la crainte de Dieu, la compréhension, l'humilité, la persévérance, la justice et la vérité ; les deux derniers étant de dimensions supérieures. Les azulejos de Saint-Laurent constituent un programme iconographique complet qui vise à l’éducation et l’édification des fidèles par la représentation des scènes de la vie du Saint, lequel distribue ses richesses, souffre le martyr pour ses actes et sa foi, mais qui accède ainsi à la sainteté et à la vie éternelle par delà la mort. Les panneaux des piliers rappellent aux fidèles les préceptes moraux de l’église catholique qui vont lui permettre néanmoins, s’il les respecte, d’avoir une vie exemplaire à défaut d’être un saint souffrant le martyr.

La technique des carreaux de faïence a été introduite par les Maures et s’est développée dans toute la péninsule ibérique. Le mot « azulejo » a d’ailleurs pour racine un mot arabe « al zulaydj » (petite pierre polie), comme le mot « zellige » qui désigne les dessins géométriques de petites pierres de couleur. D’abord à dessins géométriques, les premiers azulejos figuratifs sont peints à Séville,vers 1500, par Francesco Niculoso, un potier italien originaire de Pise. Comme l’art des talhas douradas, l’art des azulejos a atteint son apogée au XVIIIsiècle, certainement parce qu’il se prêtait facilement aux évolutions des styles et qu’il permettait d’atteindre des décorations somptueuses à un coût moindre.

Le retable de bois doré de l’église d‘Almancil, baroque, est attribué à Manuel Martins, le plus grand sculpteur et statuaire en Algarve, et qui est aussi l'auteur de la statue de Saint-Laurent. 


[1] Rosário Carvalho. « Igreja de São Lourenço de Almancil ». Direção-Geral do Património Cultural.

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