Une œuvre rococo tardive – Devenue hôtel de qualité

 

Portugal Algarve Estoi Castelo

Le « castelo » d’Estói est un pastiche de style rococo situé dans les environs de Faro. Le style rococo s’est développé en France à la moitié du XVIIIesiècle sous une forme essentiellement décorative, le style « rocaille » inspiré du baroque avec notamment la construction de fausses grottes ou de buffets d’eau décorés de pierres et de coquillages. Le style rococo est assez vite passé de mode en France ; dès la fin du XVIIIesiècle il est supplanté par le style néo-classique. Il va également se développer en Allemagne, en Italie, au Portugal et en Russie, en s’appliquant tant à l’architecture intérieure qu’extérieure des bâtiments avec le développement de la richesse des ornementations de stucs, dorures, reliefs, aux formes courbes, ondulées, asymétriques.

Les plans du palais d’Estói dateraient de 1800, date à laquelle le rococo commence à être supplanté en Europe par le néo-classicisme. C’est un nobliau local, le colonel Francisco José Maria de Brito Pereira Carvalhal e Vasconcelos (ouf ! 1756 / 1844) qui en commande la construction. 

Après son décès, le palais et les jardins sont progressivement abandonnés. Une autre personnalité locale, José Francisco da Silva, acquiert le palais en 1893 et en achève la restauration et l’aménagement en 1909. En récompense des investissements réalisés, José Francisco da Silva est anobli avec le titre de Vicomte d’Estói, en 1906, par le roi Don Carlos[1].

Le château se développe horizontalement sur trois niveaux, avec un niveau bas en rez-de-jardin, un niveau médian (le piano nobile) plus élevé, et un troisième niveau dans le corps central qui est lui-même en saillie et décoré de trois fenêtres encadrées de pilastres colossaux. Si le niveau bas est en pierre, les seconds et troisième niveaux sont recouverts d’un crépi de couleur rose, agrémentés de pilastres et d’encadrements de pierres, le tout surmonté d’un attique à balustrade en colonnettes. Les portes fenêtrées cintrées du second niveau, les œil-de-bœuf de forme ovale, les frontons de fenêtres courbes, en forte saillie, sont des éléments du langage architectural rococo. Un escalier à double volée, agrémenté de fontaines permet d’atteindre la terrasse du piano nobile, laquelle recouvre une grotte en rocaille en rez-de-jardin, la maison de la cascade, où est positionnée au centre une copie de la statue des Trois Grâces d’Antonio Canova (1757 / 1822).

A l'intérieur, certaines pièces sont richement décorées de stucs, de miroirs, de plafonds peints et de peintures signées par quelques artistes portugais et italiens de l'époque.

Les jardins sont également aménagés sur trois niveaux, avec des escaliers, des rampes opposées, des allées, des fontaines décorées de nymphes, des niches carrelées selon les canons des jardins rococo. Les murs sont décorés de nombreux bustes en céramique. Seraient représentés Bocage, Luís Vaz de Camões, John Milton, Wolfgang Goethe, Friedrich Schiller, Almeida Garrett, Alexandre Herculano de Carvalho e Araújo… Mais, à cette galerie de romanciers et poètes très fréquentables ont été ajoutés Otto von Bismarck, chancelier prussien, et Helmut von Moltke, maréchal prussien ! Les propriétaires avaient des affinités très éclectiques. La végétation qui devait être en très mauvais état est en cours de remplacement. Malheureusement, la grande allée de palmiers a disparu et les plantations d’orangers sont un peu clairsemées. 

Le palais a été classé propriété d'intérêt public en 1977, puis acquis par la municipalité de Faro en 1987 mais laissé à l’abandon. En 2006, les « Preguiças », deux sculptures de femmes importées d'Italie, de 200 kilos chacune, ont été volées dans les jardins du palais. Récemment, le palais d’Estói a été entièrement rénové et est devenu l'une des « Pousadas de Charme » de l'Algarve. Il comprend les espaces collectifs communs, salons, salles de restaurant, alors qu’un bâtiment contemporain, bas, clair, sur deux niveaux, aux lignes simplissimes, accueille chambres et parking.

C’est le groupe privé portugais Pestana qui gère l’hôtel, ainsi que tout le réseau des Pousadas au Portugal après le désengagement de l’Etat portugais en 2003. En contrepartie, il paye à l’Etat une location annuelle pour l’utilisation des bâtiments qui ont souvent une valeur historique. Le groupe Pestana possède 16 hôtels au Portugal et emploie 4 000 salariés, et il a également des implantations dans des pays lusophones (Brésil, Mozambique).


[1] Estói. « Patrimonio construido ». Sd.

Liste des articles sur l'Algarve.

Télécharger le document intégral