Le poète futuriste du Portugal – Admirateur de Tommaso Marinetti et Walt Whitman

 

Portugal Algarve Tavira Alvaro de Campos 1

Tavira est une jolie petite ville aux maisons blanches. Elle s’enorgueillit d’être la ville natale du poète Álvaro de Campos l’un de ceux qui, au début du XXesiècle, avec ses grandes « Odes », écrites entre 1914 et 1916, a été le chantre d’un modernisme qui révolutionna la littérature lusitanienne. Il était le contemporain d’Apollinaire, de Cendrars, de Larbaud, de Pessoa et de Marinetti.

« Álvarode Campos est né à Tavira, le 15 octobre 1890 (à 1 h 30 de l’après-midi, et c’est vrai, car l’horoscope fait pour cette heure-là tombe juste). Lui est, vous le savez, ingénieur naval (de Glasgow), mais il est maintenant à Lisbonne en inactivité. Alvaro de Campos est grand (1,75 m ; 2 cm de plus que moi), maigre et tend un peu à se voûter. Visage maigre (...) entre blanc et brun, vaguement de type judéo-portugais, cheveux lisses et normalement séparés sur le côté, monocle. (...) Il avait une éducation de base à l'école de lvaro de Campos, puis il a été envoyé à Escócia pour étudier l'ingénierie, d'abord mécanique et puis navale »[1].

Álvaro de Campos a beaucoup voyagé en transatlantique, surtout en Orient, ce dont il rend compte dans « Odes maritimes » et « Opiarium ». Il avait la réputation d’être irascible et impassible, ce qui n’est pas la moindre des contradictions. Il décède à Lisbonne, le 30 novembre 1935, le même jour que l’illustre poète Fernando Pessoa !

Cheguei finalmente à vila da minha infância.
Desci do comboio, recordei-me, olhei, vi, comparei.
(tudo isto levou o espaço de tempo de um olhar cansado).
Tudo é velho onde fui novo (...)[2].
 

Je suis enfin arrivé au village de mon enfance. 
Je suis descendu du train, je me suis souvenu, j'ai regardé, j'ai vu, j'ai comparé. 
(tout cela a pris l'espace du temps d'un regard fatigué). 
Tout est vieux où j'étais nouveau (…).

L’œuvre d’Álvaro de Campos peut-être séparée en trois périodes. Sa première période serait dans la filiation des décadentistes, influencés par le symbolisme. En septembre 1917, Álvaro de Campos, inspiré par le « Manifeste du futurisme »de Filippo Tommaso Marinetti (1876 / 1944) exaltant en 1909 une nouvelle esthétique de la vitesse et de la modernité industrielle, publie un « Ultimatum aux générations futuristes portugaises du XXesiècle » dans le premier et dernier numéro de la revue « Portugal Futurista » dans lequel il collabore avec Fernando Pessoa. Le texte condamne les « mandarins » européens et souligne la faillite de l’Europe nationaliste et appelle à un nouveau monde à construire. Dans cette seconde période, Álvaro de Campos dédie notamment un poème à Walt Whitman, « Salut à Walt Whitman ». Après une série de déceptions, l'auteur écrit ensuite de manière plus intime et désabusée et publie son plus grand poème, « Tabacaria » (Bureau de tabac).

Fiz de mim o que não soube.
E o que podia fazer de mim não o fiz.
O dominó que vesti era errado.

J’ai fait de moi ce dont je n’étais pas capable.
Et ce dont j’étais capable, je ne l’ai pas fait.
Le domino que j’ai enfilé n’était pas le bon[3].

« En 1928, il écrivit la plus belle poésie du siècle : Bureau de tabac. (…), il était la figure typique d’un certain avant-gardisme de l’époque, bourgeois et anti-bourgeois, raffiné et provocateur, impulsif, névrotique et angoissé »[4].

A Tavira, l'Association Álvaro de Campos, fondée en 1987, a repris ses activités en 2010 en célébrant le 120anniversaire de la naissance du poète, et en tenant la première rencontre internationale d'Álvaro de Campos les 15 et 16 octobre 2010. La bibliothèque municipale de la ville porte également le nom d’Álvaro de Campos[5].


[1] Fernando Pessoa. « Correspondência (1923 - 1935) ». 1999.

[2] Álvaro de Campos. « Notas sobre Tavira ». 1931.

[3] Álvaro de Campos. « Tabacaria ». 1928.

[4]  Sur Álvaro de Campos voir « Les objets d’Álvaro de Campos » in« La nostalgie, l’automobile et l’infini », 2013, d’Antonio Tabucchi.

[5] Álvaro de Campos est l’un des principaux hétéronymes de Fernando Pessoa. Voir Antonio Tabucchi (référence précédente) et Iooss Filomena. « L'hétéronymie de Fernando Pessoa. « Personne et tant d'êtres à la fois » », Psychanalyse, vol. 14, no. 1, 2009. 

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