Un fleuve permanent au débit irrégulier – Des aménagements hydrauliques anciens

 

Tunisie Oued Medjerda

« La Medjerda descend du haut massif de l’Aurès en Algérie. Elle est une des rares rivières de l’Afrique mineure qui ait le privilège de conserver un courant qui se faufile, durant toute l’année, de flaque en flaque d’eau, de poche en poche, tour à tour parmi des sapins, des cistes, des thuyas, des micocouliers, des tamaris et des lauriers roses »[1].

L’oued Medjerda prend sa source en Algérie. Son cours, long de 460 kilomètres, est sensiblement orienté Ouest / Est, parallèlement à la côte méditerranéenne dont il est séparé par une barrière montagneuse, les monts de la Medjerda. 

Il reçoit d'importants affluents (Oued Mellègue, Oued Tessa, Oued Silliana, Oued Kesseb) et de nombreux petits oueds dévalant des coteaux d'un bassin versant couvrant 24 000 km². La pluviométrie moyenne annuelle dans la région est de 450 mm environ, elle est inégale avec une période sèche du 15 avril au 15 septembre. La température connait des écarts importants avec des risques de gelées en hiver. En conséquence, l’oued Medjerda est un fleuve méditerranéen avec d’importantes variations de débit, il peut rouler près de 1 000 m3 par seconde en hiver et tout emporter sur son passage, ou seulement quelques mètres cubes en été. S’il peut parfois se traverser à gué, il reste un des rares fleuves permanents d’Afrique du Nord. La basse vallée (250 000 ha) est le fruit d'un comblement alluvionnaire progressif du golfe dans lequel se jette le fleuve.

« Cette plaine est noyée dans l’hiver et devient toute marécageuse. Je ne doute pas que ce pays noyé n’est beaucoup changé depuis César, et que la rivière, qui charrie continuellement, n’ait beaucoup fait retirer la mer et accru l’étendue de la plaine »[2].

La plaine de la basse vallée de la Medjerda est très anciennement cultivée. Ces grandes plaines du Nord de la Tunisie étaient la propriété du Bey ou de grands féodaux qui les exploitaient par l’intermédiaire de fermiers ou de serfs. Avec le régime du protectorat (18 mai 1881), ces immenses propriétés furent progressivement rachetées par des investisseurs qui louaient la terre aux occupants. La situation changea quand la Tunisie devint une zone de colonisation française. L’administration coloniale développa alors une politique de « recasement »[3] : pour un périmètre délimité de colonisation étaient définies des surfaces à accorder aux anciens occupants, lesquelles généralement sous-estimées étaient aussi prises pour parties sur des propriétés voisines ou des zones marginales, ce qui permettait d’allouer les meilleures terres du périmètre ainsi libérées aux colons. Cette politique assurait aussi aux grandes exploitations coloniales d’avoir une main d’œuvre à disposition.

A l’Indépendance de la Tunisie, le 20 mars 1956, la région se caractérise alors par l'opposition entre deux types de zones de population et de structures agricoles. D’une part, des zones à très forte densité de population, où le morcellement du sol est très élevé, et où les petits paysans ne peuvent espérer que des revenus très modestes et, d’autre part, des zones peu peuplées, où la grande exploitation agricole désormais mécanisée, souvent propriété d’étrangers, donne des résultats financièrement élevés[4]. A l’exception de quelques cultures maraichères ou fruitières et de la vigne, la majorité du sol est occupée par des cultures de céréales, alternées une année sur deux avec une jachère ou, au mieux, par une culture de légumineuse. Ces méthodes de culture, laissent les surfaces exposées pendant 18 mois à la chaleur, aux vents, aux orages et au ruissellement des eaux de surface, participant ainsi à la dégradation progressive des sols.


[1] Doré Ogrizek, Marcel Sauvage. « Le monde en couleurs : l’Afrique du nord ». 1952.

[2] Jean André Peyssonnel. « Voyage dans les régences de Tunis et d’Alger ». 1724-1725.

[3] Jean Poncet. « Quelques problèmes actuels des campagnes tunisiennes ». In « Annales de Géographie ». n°321, 1951.

[4] Jean Poncet. « La mise en valeur de la basse vallée de la Medjerda et ses perspectives humaines ». In « Annales de Géographie ». n°349, 1956. 

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