Caractéristiques générales de la zone

 

Tunisie Medjerda Barrage

« Ce pays (je parle des environs de Tunis), à dix ou douze lieues, n’est qu’un composé de très belles plaines, coupées par des coteaux et de petites montagnes couvertes de romarins, de lentisques et de quelques autres plantes »[1].

La Basse Vallée de la Medjerda constitue la première expérience d’aménagement hydraulique agricole de très grande ampleur en Tunisie. Le début du projet d’aménagement date de 1946 avec la création de l’Office de Mise en Valeur de la Medjerda. 

Les travaux de réalisation en ont été accélérés après l’Indépendance de la Tunisie. Ils ont été accompagnés d’une vaste réforme agraire pour développer et intensifier l'agriculture dans le but d’atteindre l'autosuffisance alimentaire. Au total ce sont près de 300 000 hectares qui seront aménagés dans la basse vallée constituant ainsi le plus vaste périmètre irrigué[2] de la Tunisie. 

Trois barrages ont été construits sur la Medjerda et ses affluents, Ben Metir sur l’oued El Lil, sur l’oued Mellègue, et enfin El Aroussia[3]. Outre l’irrigation, cet ensemble d’équipements permet également d’alimenter en eau potable Tunis et les villes du Cap Bon. 

Pour atteindre ses objectifs d'intensification de l’agriculture, le nouvel Etat a planifié, organisé et contrôlé le développement des périmètres irrigués de façon très stricte et directive. L’administration d’Etat crée chaque réseau d’irrigation en le dimensionnant sur la base des surfaces susceptibles d’être cultivées, des assolements et des pratiques agronomiques définies de manière très précise pour chaque zone, tant techniquement qu’économiquement. L'exploitant agricole n'a plus alors qu’à appliquer et suivre rigoureusement le mode d'emploi qui lui sera enseigné par le vulgarisateur agricole. Le projet étant défini sur ces bases technique et économique, c'est donc l'investissement matériel qui est réalisé en priorité. Ainsi le réseau d’irrigation de Sidi Thabet est en place dès septembre 1962. Il irrigue 1 800 hectares exploités par près de cent trente agriculteurs. 

Un remembrement et une redistribution des surfaces est effectué et l’Etat installe également dans la zone des paysans sans terres, venus d’autres régions, sur les espaces agricoles abandonnés par les colons. Quand les premiers attributaires de lots arrivent, l’Etat leur fournit la terre à bas prix, le réseau d'irrigation, les infrastructures telles que routes et habitations, certains même reçoivent aussi du cheptel ou des parcelles arboricoles plantées. 

Les aménagements d’irrigation de cette époque sont constitués d’un réseau de canaux de béton, surélevés à un ou deux mètres du sol, à surface libre. L’eau est distribuée dans les parcelles de culture, par ouverture de vannes, et elle peut alors ruisseler à la surface de toute la parcelle ou être conduite au pied des cultures par des rigoles.

La gestion de cette méthode d’irrigation nécessite l’existence d’une institution centrale pour l’ensemble du périmètre irrigué afin d’assurer régulièrement et équitablement la distribution de l’eau dans les canaux jusqu’aux différentes parcelles des producteurs, mais aussi pour assurer l’entretien régulier du réseau. Ce sont des aiguadiers qui sont chargés, sous l’autorité d’une institution centrale (d’Etat, privée ou coopérative), d’ouvrir et de fermer les vannes des canaux à des moments bien déterminés. En 1958, l'Etat tunisien a créé un établissement public, l'Office de Mise en Valeur de la Vallée de la Medjerda, pour gérer le réseau. Financé par des subventions de l'Etat et des ressources propres, l’office est chargé d'achever les travaux d'infrastructure et d'assurer la mise en valeur intégrale du périmètre. Cette autorité centrale est aussi responsable du prélèvement des redevances auprès des agriculteurs sur les quantités d’eau utilisées, de la police générale des eaux et de l’encadrement technique des agriculteurs afin de les orienter dans le choix des cultures les plus intéressantes et de les aider pour une utilisation rationnelle de l’eau.


[1] Jean André Peyssonnel. « Voyage dans les régences de Tunis et d’Alger ». 1724-1725.

[2] Un périmètre irrigué est une surface sur laquelle il est apporté artificiellement de l’eau afin d’augmenter la production des végétaux cultivés. Cette surface peut être grande ou petite, d’un seul tenant ou morcelée ; l’eau peut être distribuée en écoulement libre par des canaux et rigoles, par des asperseurs aériens sous pression, ou par des tuyaux sous pression qui la délivrent au plus près des racines.