Staroměstské náměstí – Le Palais Golz-Kinský – Resslova třída

 

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La place de la vieille ville, Staroměstské náměstí, comporte en son centre un imposant groupe de statues de bronze sur un massif piédestal de marbre noir. Au milieu, isolée, se dégage la figure de l’universitaire, théologien et réformateur religieux, Jean Hus, déclaré hérétique par l’église catholique et mort sur le bûcher en 1415. Il est entouré d’un groupe de statues symbolisant « les combattants de Dieu », comme se nommaient les partisans de Hus, ainsi qu'un groupe d’exilés obligés de quitter la Bohême en 1620 après l’échec de leur combat. Le monument à Jean Hus, symbole des révoltes tchèques, a été inauguré en 1915 alors même que Prague faisait encore partie de l’Empire Austro-Hongrois.

A quelques pas de là, au pied de la tour de l’hôtel de ville, sont dessinées au sol vingt-sept croix blanches. Elles symbolisent le supplice des vingt-sept dirigeants de la révolte des Etats protestants de Bohême contre le roi catholique romain Ferdinand II du Saint-Empire, décapités en 1621 suite à la défaite de la bataille entre catholiques et protestants de la Montagne Blanche (1620). Cette date marque la fin de l’indépendance du Royaume de Bohême pour trois siècles avant la proclamation de l’indépendance de la Tchécoslovaquie en 1918 et sa reconnaissance internationale par le traité de Saint-Germain-en-Laye de 1919. Mais la malheureuse Tchécoslovaquie n’aura même pas droit à vingt années d’indépendance nationale. La France et la Grande-Bretagne la livreront à l’Allemagne nazie, d’abord par petits bouts en 1938[1], puis totalement en 1939, sans même lever le petit doigt, avec un sentiment de « lâche soulagement »[2].

C’est encore sur la Place de la vieille ville, du balcon du premier étage du Palais Golz-Kinský, un édifice baroque de l’architecte Christoph Dientzenhofer, que le 21 février 1948, Klement Gottwald, président du Parti Communiste Tchécoslovaque, haranguant la foule des manifestants, exigea la formation d’un nouveau gouvernement ne comprenant plus de ministres libéraux coupables à ses yeux d’accepter le plan Marshall.

« Gottwald était flanqué de ses camarades, et à côté de lui, tout près, se tenait Clementis. Il neigeait, il faisait froid et Gottwald était nu-tête. Clementis, plein de sollicitude, a enlevé sa toque de fourrure et l’a posée sur la tête de Gottwald »[3].

 C’est aussi dans ce palais qu’était installé le lycée de langue allemande qu’avait fréquenté Kafka un demi-siècle auparavant. Ironie de l’histoire qui fait se croiser ainsi le responsable d’un régime qui, par bien des aspects, finira par illustrer concrètement l’imagination de l’écrivain.

C’est au Nord de Prague, dans le quartier de Libeň, Holešovice třída, que le 27 mai 1942 trois combattants tchèques, parachutés par Londres, organisèrent l’attentat qui coûta la vie à Reinhard Heydrich, obergruppenführer, protecteur de Bohême-Moravie, directeur de l’Office central de la sécurité du Reich (RSHA), bras-droit de Himmler, instigateur de la « solution finale » et l’un des pires criminels de guerre nazi. Cet attentat est un symbole fort, d’une part il souligne que les plus hauts responsables nazis seront désormais à la merci des Résistants comme des forces alliées et il préfigure le sort qui sera réservé à ces assassins. D’autre part, il intervient au moment où les forces de l’Axe occupent leur plus grande surface et où les premiers revers commencent à être enregistrés (batailles de Bir Hakeim en Lybie et de Midway dans le Pacifique, premier bombardement allié sur Paris, début de la bataille de Stalingrad). Mais c’est au Sud de Staré Město, au n° 9A de la Resslova třída (non loin de la « Maison dansante » des architectes tchèque Vlado Milunićet et canadien Frank Gehr), que les trois hommes, cachés avec quatre autres membres du commando dans la crypte de l’église Saints-Cyrille-et-Méthode, résisteront plusieurs heures aux soldats nazis qui essayeront vainement de les prendre vivants[4]. On peut encore voir les traces des impacts de balles sur les soubassements de l’église.


[1] Accords de Munich du 29 septembre 1938, entre l'Allemagne, le Royaume-Uni, la France et l'Italie.

[2] Léon Blum aurait été partagé entre « un lâche soulagement et la honte ».

[3] Mílan Kundera. « Le livre du rire et de l’oubli ». 1978. Voir à ce sujet : Marc-Emmanuel Mélon « La toque de Clementis sur la tête de Gottwald. Photographies truquées, mémoire manipulée et imaginaire littéraire ». Cahiers internationaux de symbolisme. n°122-123-124. 2009, 

[4] Laurent Binet. « HHhH ». 2009.

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