La Place Venceslas - Národní třída

 

Tchéquie Prague Staré Mesto Rue Celetna n°12 2

Après les quartiers de Staré Město, de Hradčany et de Letná, les projecteurs de l’histoire se braqueront sur la nouvelle ville, Nové Město. 

La Place Venceslas reste dans toutes les mémoires. Qui n’a vu les photos prises sur cette place lors de l’invasion des armées du Pacte de Varsovie d’août 1968 ? Ces bandes de jeunes garçons et filles faisant face avec assurance et détermination aux chars, grimpant sur les blindés pour y brandir le drapeau tchécoslovaque, haranguant les soldats pour leur demander ce qu’ils venaient faire dans ce pays ou même jetant des cocktails Molotov. 

Les soldats du Pacte de Varsovie ne s’attendaient pas à pareil accueil. Ils étaient persuadés qu’ils seraient reçus comme des libérateurs, avec applaudissements et bouquets de fleurs, par « les larges masses populaires, étudiants, intellectuels progressistes, factions des couches moyennes de la population urbaine, unies avec le prolétariat révolutionnaire » !

Ne leur avait-on pas raconté que la Tchécoslovaquie avait été « livrée traîtreusement aux forces réactionnaires, révisionnistes, alliées aux couches exploiteuses défaites et aux forces opportunistes de droite, lesquelles étaient bien sûr soutenues à l’étranger par les centres impérialistes » ? Le pays était « gravement menacé d’être conduit hors de la voie du socialisme et d’être détaché de la communauté des partis frères »[1]. Ils avaient pour mission de sauver une Tchécoslovaquie en danger… et ils découvraient brutalement que les « larges masses populaires » les haïssaient !

« La fête était finie. On entrait dans le quotidien de l’humiliation »[2].

C’est vingt ans plus tard que surgiront les applaudissements et les bouquets de fleurs, à l’automne 89, avec le passage en gare de Prague des trains de réfugiés allemands fuyant la RDA. Les Allemands franchissaient la frontière entre la RDA et la Pologne, par le train ou en voiture, et gagnaient la RFA en traversant la Tchécoslovaquie. Les Tchécoslovaques devaient s’amuser beaucoup de ce retournement de l’histoire, car ils participaient ainsi à saboter le régime honni de la RDA. Celui-ci n’y résistera d’ailleurs pas longtemps, le gouvernement coincé entre les manifestations quotidiennes et la fuite généralisée de sa population devait annoncer l’ouverture du mur de Berlin le 9 novembre 1989.

La chute du mur annonçait l’effondrement des dictatures de l’Europe centrale. Les manifestations régulières sur la Place Venceslas, le 21 août 1988 pour l’anniversaire de l’invasion soviétique, le 28 octobre date de la fondation de l’Etat tchécoslovaque, le 10 décembre pour le quarantième anniversaire de la Déclaration des Droits de l’Homme, le 16 janvier 1989 pour l’anniversaire de la mort de Jan Palach, les 21 août et 28 octobre, puis le 17 novembre (sur la Národní třída), anniversaire du soulèvement étudiant contre les nazis, finiront par faire tomber le gouvernement de Ladislas Adamec et s'estomper le Parti Communiste Tchécoslovaque, effaçant du même coup la profanation du sol national par les troupes du pacte de Varsovie et l’humiliation d’avoir eu un gouvernement aux ordres de Moscou.

« …les chars sont-ils vraiment plus importants que les poires ? A mesure que le temps passait, Karel comprenait que la réponse à cette question n’était pas aussi évidente qu’il l’avait toujours pensé, et il commençait à éprouver une secrète sympathie pour la perspective de maman, où il y avait une grosse poire au premier plan et quelque part, loin derrière, un char pas plus gros qu’une bête à bon Dieu qui va s’envoler d’une seconde à l’autre et se cacher aux regards. Ah oui ! C’est en réalité maman qui a raison : le tank est périssable et la poire est éternelle »[3].


[1] Vocabulaire garanti « pur sucre » ! Cf. la « Lettre des 5 pays socialistes adressée au Parti Communiste  Tchécoslovaque », le 15 juillet 1968, et le « Compte-rendu de la conférence des partis communistes et ouvriers » de 1969.

[2] Mílan Kundera. « L’insoutenable légèreté de l’être ». 1984.

[3] Mílan Kundera. « Le livre du rire et de l’oubli ». 1978.

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