La Contre-Réforme – La famille des Dientzenhofer

 

Tchéquie Prague Saint Nicolas

« Ces milliers de saints pétrifiés qui vous regardent de toutes parts, et vous menacent, vous épient, vous hypnotisent, c’est l’armée frénétique des occupants qui a envahi la Bohême il y a trois cent cinquante ans pour arracher de l’âme du peuple sa foi et sa langue »[1].

Prague, est une des villes du baroque. Après la défaite de la Montagne Blanche, une colline crayeuse dominant Prague à l’Ouest, le 8 novembre 1620, les troupes impériales envahirent la ville et toute la Bohême. Les châteaux, les terres, les maisons des protestants de Bohême furent accaparées par les nobles et les officiers impériaux, les écoles et l’Université confiées aux jésuites, les églises aux congrégations catholiques. Pour soumettre les esprits, couronner la reconquête religieuse, assurer la victoire définitive de la Contre-réforme, l’art est appelé à la rescousse dans l’effort général de propagande religieuse. 

Les églises poussent comme champignons sous la rosée pour exalter la religion catholique et ses dogmes, consacrer le triomphe de l’église romaine : Saint-Nicolas, Saint-François-Séraphique-aux-Chevaliers-de-la-Croix, Saint-Clément, Sainte-Ignace… Les églises antérieures sont « baroquisées » : Notre-Dame-des-Victoires, Saint-Thomas, Saint-Sauveur…

Les nobles et nouveaux riches qui soutinrent les Impériaux paradent dans leurs nouveaux palais grandioses inspirés du baroque italien et allemand, Černin, Wallenstein, Morzin, Thun-Hohenstein, Bucquoi, Golz-Kinský, ou les demeures remodelées au goût nouveau, palais Schwartzenberg, Archiépiscopal ou du Grand Maître de l’Ordre de Malte.

« La place du Palais-Royal à Prague a, malgré l’avenue misérable qui la traverse, assez fière allure. C’est qu’elle est entourée de palais. La large façade du vieux palais royal, avec sa grande cour d’honneur blanche, derrière les grilles baroques de laquelle le factionnaire va et vient, infatigable comme un pendule, est la plus puissante. Le château de famille des princes de Schwartzenberg et un autre édifice un peu ennuyeux se présentent de l’autre côté comme une perpétuelle révérence, et à la droite du château, le palais de l’archevêque, fraîchement repeint, veille dans une attitude un peu prétentieuse sur les modestes demeures des prélats et des chanoines qui s’approchent timidement de leur puissant patron »[2].

Peu à peu le baroque devient le mode d’expression même du peuple tchèque. Au début du XVIIIesiècle, plus de vingt ateliers de maîtres sculpteurs rivalisent d’audace et de dextérité pour réaliser des Christs, des Vierges, des madones, des Saint-Jean-Népomucène, le martyr miraculeusement redécouvert au début de ce siècle, des Saint-Venceslas, Saint-Thomas, Saint-Nicolas, des Sainte-Lutgarde, les Pères de l’Eglise, les évangélistes, des anges, des géants, des atlantes, des tombeaux, des colonnes de la peste, des colonnes mariales, des calvaires !

La famille d’architectes d’origine bavaroise, les Dientzenhofer, a réalisé ici de nombreux bâtiments. Christoph Dientzenhofer d’abord avec la magnifique église Saint-Nicolas de Malá Strana (1710), puis son fils Kilian Ignatz, avec les églises de Saint-Thomas (1723), Sainte-Marie-de-Lorette (1726), Saint-Barthélemy (1731), Saint-Jean-Népomucène (1728), Saint-Jean-sur-le-Rocher (1739), Saint-Nicolas de Staré Město (1737). Mais, ce sont aussi les sculptures de Braun, De Vries, Brokof surtout, avec une partie des statues du pont Saint-Charles (Saint-François-Xavier, Saint-Yvan, Saint-Guy) et les deux Maures du palais Morzin.

« Elle est de blanc et d’or vêtue
A la couleur de ses aurores
Et ses yeux effacent la nuit »[3].


[1] Mίlan Kundera. « Le livre du rire et de l’oubli ». 1978.

[2] Rainer Maria Rilke. « Histoires pragoises ». 1929.

[3] Paul Eluard. « Prague un soir de printemps ». 1952.

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