Une composition intérieure très dynamique

 

Tchéquie Prague Malostranske namesti Saint-Nicolas 4

L’architecture baroque n’est généralement pas très appréciée en France, jugée trop chargée, trop lourde, taxée de fausse monnaie, de faux-semblant, de chef d’œuvre de l’artifice. Nous n’avons guère été habitués à l’exubérance du baroque de l’Europe centrale ou du Sud. Pendant qu’une large partie de l’Europe se livrait aux délices du baroque, hardiesse, dynamisme, complexité, la France développait un style architectural sobre, rectiligne plus terne aussi, « classique ». Mais nous parlons ici d’architecture seulement, pas de la décoration intérieure car, en l’occurrence, c’est la France de Louis XIV qui donnera le la de la surcharge et de l’exubérance en Europe !

Baroque ou classique utilisent les mêmes éléments de base du langage architectural : colonnes et pilastres avec les différents ordres grecs, ordres superposés, coupoles en croisée de transept, galeries, loggias, portiques, gables, oculi, balustres, acrotères, statues, pots à feu… Mais quand le  baroque fait preuve de virtuosité, de hardiesse, de courbes et de contre-courbes, le classique est tout en mesure, en retenue, en maîtrise de la ligne droite. Même époque, même syntaxe de base, même volonté de signifier la puissance et pourtant des expressions architecturales sensiblement différentes.

« Je me perdais dans les somptueuses églises baroques, essayant d’y retrouver une patrie, mais sortant plus vide et plus désespéré de ce tête-à-tête décevant avec moi-même »[1].

Saint-Nicolas de Malá Strana est terminée en 1761 pour glorifier la victoire des Catholiques sur les protestants à la bataille de la Montagne Blanche. L’architecte bavarois Christoph Dientzenhofer (1655 / 1722) commence la construction. Son fils, Kilian Ignaz Dientzenhofer (1689 / 1751), poursuit l’œuvre de son père. On lui doit notamment la nef, la coupole et la façade. Tout deux furent influencés par Guarino Guarini (1624 / 1683) avec un plan composé de volumes ovales, des piliers placés en diagonale. Le  clocher est l’œuvre de l’architecte italien Anselmo Lurago.

Son plan général est simple, basilical à tribunes, avec une coupole sur tambour à la croisée du transept. La coupole est aplatie, couverte de cuivre, et surmontée d’un élégant lanterneau. La façade, à ordres superposés, est à trois niveaux d’élévation. Elle est ornée de colonnes, d'un balcon, de stuc et de statues. Dans une niche de la façade se trouve la statue de Saint-Nicolas. Toutefois, les ondulations souples de la façade, succession de courbes convexes et concaves, les entablements en arc au niveau des tribunes, comme de la nef, animent la composition générale mais sans excès. Le plan intérieur est également simple, en croix latine. Cette simplicité est néanmoins enrichie de l’utilisation de murs piliers découpant la nef en trois espaces circulaires successifs. Les colonnes qui les terminent sont placées de biais, transformant chacun de ces espaces en ovales. Dientzenhofer introduit une dynamique dans cette nef rectiligne où alternent désormais les parois concaves et convexes, des espaces irréguliers mais symétriques, il rompt la linéarité sans en altérer l'équilibre. Cette dynamique est soulignée par les tribunes situées entre les piliers qui forment une succession de vagues et ouvrent un espace de théâtralité.

La voûte est occupée par une immense fresque en trompe-l’œil de Johann Lucas Kracker (1717 / 1779) qui représente l’Apothéose de Saint-Nicolas. D’une surface de 1 500 m2, c’est la plus grande d’Europe. Les immenses statues du transept sont d’Ignaz Franz Platzer.

Consul de France à Prague entre 1909 et 1911 Paul Claudel fut impressionné par Saint-Nicolas. Il y situa la scène du « Soulier de Satin » où Dona Musique confie à Dieu son bonheur du fait de sa maternité, scène où se présentent successivement à elle des saints illustres. 

« Saint Boniface - Fallait-il laisser le moine noir s’installer au cœur de l’Europe pour y empoisonner les sources ? (…) Gloire à Dieu ! Ce que Poitiers fut contre Mahomet, la Montagne-Blanche le fut contre les hérétiques ! Honneur à tous ces bons capitaines recrutés à tous les coins de la Chrétienté qui ont maintenu à Prague l’image de la Vierge Immaculée »[2].


[1] Albert Camus. « La mort dans l’âme ». In « L’envers et l’endroit ». 1937.

[2] Paul Claudel. « Le Soulier de Satin - 3ème journée – Scène I ». 1925.

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