Prague fantastique ?

 

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 « Des gens qui passent sur des ponts sombres,
devant des saints
portant de pâles lumignons.
Des nuages qui passent dans le ciel gris
devant des églises
aux tours rongées de crépuscule.
Quelqu’un, les mains sur de vieilles pierres,
qui se penche sur le parapet
et contemple l’eau du soir »[1].

Si la ville, au temps de Rodolphe II, accueillit médiums, astrologues, magiciens, et leurs laboratoires pour élaborer des élixirs de jouvence et la pierre philosophale, l’histoire de Prague est aussi traversée par de nombreuses légendes et fantômes[2]. 

 Dans Malá Strana, à Úvoz, à deux pas du château et de Notre-Dame-de-Lorette, tous les vendredi à minuit, se promènerait un moine décapité tenant sa tête dans ses mains. Un peu plus bas, derrière Saint-Nicolas, à Tržiště, où est située l’ambassade des Etats-Unis gardée jour et nuit par des soldats en armes, surveillée par des caméras et des appareils électroniques, le fantôme voûté de l’homme rouge, chaussé de ses bottes à l’ancienne, viendrait rôder au petit jour. Encore un peu plus loin, à Újezd, après l’église des Carmélites où l’on adore une statuette de cire du Petit-Jésus, à côté d’un hôtel de luxe hébergé dans un grand bâtiment ancien et accueillant nouveaux riches, traders et boursicoteurs, et où s’est également installé un bar à touristes qui propose des salades et des crêpes salées, brinqueballerait certaines nuits, tout au long de la rue Všehrdova, la charrette noire conduite par un prêtre et tirée par un cheval sans tête.

A Staré Město, dans la Karlova, la rue la plus touristique de Prague, où tout le jour un flot ininterrompu d’Européens, d’Américains, de Japonais, et désormais de Chinois, s’écoule avec difficultés, où les boutiques sont au touche-à-touche pour proposer leurs souvenirs de quatre sous, dans une Karlova, rénovée et immaculée, rencontre-t-on encore le barbier devenu fou après ses expériences d’alchimie et qui, muni de son rasoir affûté, proposerait aux passants de leur faire la barbe ? Derrière la Karlova, au Nord, au coin de la Marianské náměstí, la statue de l’Homme de fer semble attendre désespérément qu’une jeune fille vienne le délivrer. Maudit par sa fiancée qu’il a assassinée, et transformé en statue, la malédiction continue de peser. La jeune fille qui s’intéressera enfin à lui, mais seulement une fois par siècle, n’est toujours pas venue ! Plus au Sud, de l’autre côté de la Karlova, dans la Liliová, tous les vendredi, le fantôme d’un chevalier templier apparaîtrait dans les environs de l’église Saint-Laurent. Vous ne pouvez pas vous tromper car Il est très facile à reconnaître : outre qu’il porte le manteau de l’ordre des Templiers, son cheval crache du feu par les naseaux, et lui-même porte sa tête dans la main.

Le quartier de Vyšehrad n’est pas en reste avec les fantômes lesquels y prennent des formes les plus diverses, chien en feu, chien sans tête, charrette tirée par un cheval sans tête, dame blanche sans tête… En y ajoutant encore les fantômes des moines sans têtes du couvent d’Emmaüs dans Nové Mesto, c’est fou le nombre de fantômes sans têtes qui sévissent à Prague ! Quant au plus connu des êtres fabuleux, le Golem, modelé par Rabbi Löw en 1580 à partir de l’argile de la tuilerie de Košiře pour protéger le peuple d’Israël, s’il avait bien une tête, il n’avait pas grand-chose dans la cervelle !

« …la légende du Golem, cet être artificiel qu’un rabbin cabaliste a créé autrefois à partir de l’élément, ici même, dans ce ghetto, l’appelant à une existence machinale, sans pensée, grâce à un mot magique qu’il lui avait glissé derrière les dents »[3].

Mais il y a beau temps que le Golem n’est plus réapparu dans le ghetto après que celui-ci eût été rasé au début du XXesiècle pour cause d’insalubrité et remplacé par un nouveau quartier, Josefov, constitué de beaux immeubles de pierre de taille construits sur le modèle du Paris haussmannien.


[1] Franz Kafka. « Lettre à Oskar Pollak ». 1903.

[2] Martin Stejskal. «  Secrets de la Prague magique ». 1997.

[3] Gustav Meyrink. « Le Golem ». 1915.

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