Des objets curieux dans la ville

 

Tchéquie Prague Nové Mesto Jungmannovo namesti

Mais l’importante fréquentation touristique a-t-elle chassée pour autant l’étonnant, le bizarre, le curieux, l’insolite ?

Le réverbère de la Jungmannovo náměstí (Nové Město, en bas de la place Wenceslas) est un curieux élément composé d’une succession de troncs de cône emboités. C’est une œuvre de l’architecte Vlatislav Hofman de 1913 qui est peut-être le seul exemple de mobilier urbain de style futuriste. Pas très loin, dans la Václavské náměstí, dans la galerie commerciale du palais Lucerna, a été érigé en 1999 une parodie de la statue du roi tchèque Wenceslas tel qu'il est représenté en haut de la place : son cheval est suspendu par les pattes au plafond du dôme du passage, queue et tête pendantes. C’est le « Cheval à l’envers » (« Kůň »), une œuvre de l’artiste tchèque David Černý ! Dans ce quartier, devant le centre commercial Quadrio (Spálená náměstí), le même artiste, David Černý, a érigé une tête géante de 11 mètres de haut représentant Franz Kafka. 45 tonnes, 42 couches superposées d’acier inoxydable, brillantes, qui tournent et déforment constamment le visage de l’écrivain. C’est « K on Sun », érigée en 2014, qui symbolise les métamorphoses de l’écrivain.

Au Nord de la vieille ville cette fois, dans le quartier de Josefov, une statue de Franz Kafka est située au coin des rues Dušni et Vezenská, devant la Synagogue espagnole. Elle représente Kafka assis en cavalier sur les épaules d'un géant imposant mais sans tête, ni mains, ni pieds, vêtement vide. L’œuvre de Jaroslav Róna a été inaugurée en 2003 et a été inspirée par la nouvelle de Kafka « Description d'un combat ».

De là, par la très chic rue Pařížská (rue de Paris !), on atteint les bords de la Vltava. En face, sur la colline de Letná (Letenské Sady), est posé un métronome gigantesque avec une aiguille rouge de 23 mètres ! Il a été conçu par l’artiste Karel Vratislav Novák et érigé en 1991. Compte-tenu de sa position, sur le piédestal de la statue géante de Staline démontée en 1962, le métronome devient un symbole du temps, des changements d’époque et de l’histoire de la République tchèque.

Au Sud de Staré Město, sur le côté gauche de la façade du Théâtre des Etats, est positionnée une étrange statue, un vaste voile recouvre la forme vide d’une personne assise. Si le voile recouvre mains et pieds qui modèlent le tissu, il enveloppe une tête absente… C’est la « Statue du Commandeur » ou « Pieta », ou « Manteau de la Conscience » d'Anna Chromý, érigée en 2000. Cette statue rappelle que c’est à Prague qu'eu lieu la première représentation de « Don Giovanni », le 29 octobre 1787 !

Toujours au Sud de Staré Město, non loin de la chapelle de Bethléem, si vous passez par la rue Husova, n’oubliez pas de lever la tête pour voir la « Statue du pendu », (« Viselec »),à une dizaine de mètres du sol. C’est encore une œuvre de David Černý. Elle représente tout simplement Sigmund Freud, en costume, agrippé d’une main à une poutrelle alors qu’il met l’autre dans la poche de son pardessus ! Il n’a pas l’air très inquiet de la situation alors même que celle-ci apparait des plus précaires. Ce serait une métaphore de la situation instable que provoquent les changements de siècle, voire de millénaire. Autre œuvre de David Černý, « Quo Vadis » ou « La Trabant sur pieds », malheureusement difficilement visible aujourd’hui car elle décore les jardins de l’ambassade d’Allemagne à Prague (Malà Strana, Vlasska 19). Comme son nom l’indique, la statue est composée de la carrosserie d’une voiture de l’ex-RDA, de marque Trabant, dont les roues ont été remplacées par de hautes et fortes jambes en fibres de verre. J’ai souvenir d’avoir vu l’œuvre exposée en août 1990 sur la place de la vieille ville. Elle rappelle qu’au cours de l’automne 1989 de très nombreux allemands de RDA s’étaient réfugiés dans les ambassades d’Europe de l’Est en demandant à être accueillis en République Fédérale d’Allemagne. Venus souvent par trains entiers, mais aussi en voitures, notamment des Trabant qu’ils abandonnaient en ville, clefs de contact sur le tableau de bord, pour se réfugier dans les locaux de l’ambassade d’Allemagne.

Dans Malà Strana, au pied de Saint-Nicolas, devant le palais Liechtenstein, 27 bornes bleues aux formes étranges et futuristes rappellent la décapitation des 27 seigneurs et bourgeois tchèques protestants suite au jugement du nouveau lieutenant-gouverneur, Charles 1er de Liechtenstein. A Prague, insolite, curieux ou ironique, l’art est en résonnance avec l’histoire.

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