Un paradis au sein d’une nature hostile

 

Iran Histoire Kerman Mâhân Jardin de Shâhzâdeh

« En Perse où, de temps immémorial, les hommes se sont livrés à de prodigieux travaux d’irrigation pour fertiliser leurs déserts, rien ne va sans eaux vives ; donc, le long des cotés de cette place grandiose, dans des conduits de marbre blanc, courent de clairs ruisseaux, amenés de très loin, qui entretiennent une double allée d’arbres et de buissons de roses »[1]. 

Un voyage en Iran, c’est l’occasion de visiter de nombreux jardins, à Chiraz (Bagh-e Eram, XIesiècle), Ispahan (Tchehel Sotoun, XVIIe), Kâchân (Bagh-e Fin, XVIIe), Mâhân (Bagh-e Shâhzâdeh XVIIIe) ou encore à Yazd (Dowlat-Abad, XVIIIe)… Ces différents jardins témoignent d’une certaine diversité dans leur conception en s’adaptant à des conditions climatiques, sociales ou historiques différentes. Toutefois, ils respectent un certain nombre de principes particuliers qui les différencient des autres jardins du monde, principes qui remonteraient donc aux temps des Perses de Cyrus le Grand, vers 546 av. J.-C, avec l’exemple du jardin de son palais à Pasargades. C’était un jardin établi sur un plan géométrique, comportant des canaux en pierre taillée, avec des carrés plantés d’arbres et d’arbustes. Des belvédères permettaient de dominer et admirer le jardin[2]. Le mot pour nommer cet « espace fermé », en ancien persan, était« pairi-daeza » qui s'est transmisen  français en « paradis ».

Situé dans un milieu aride, le jardin persan est un milieu totalement artificiel, exploitant au mieux les rares ressources disponibles. Les principes particuliers des jardins persans[3] sont l’utilisation des angles droits, la division du jardin en quatre secteurs, le rôle de la géométrie et de la symétrie, et une délimitation bien définie du jardin au moyen de hauts murs. 

Les deux axes perpendiculaires du jardin, orientés selon les points cardinaux, délimitent quatre jardins (Chahar Bagh). L’ensemble symbolise l'Eden et les quatre éléments fondamentaux : le ciel, la terre, l'eau et les végétaux. La géométrie du jardin est censée refléter l’ordre cosmique du monde et symboliser le paradis sur terre, alors que la symétrie doit permettre d’assurer des points de vue privilégiés du jardin.

Les murs extérieurs sont un élément important et indispensable du jardin persan. Dans un milieu aride et hostile, ils doivent d’abord assurer la protection des plantes et des parterres de fleurs contre le vent et la poussière. Mais, ils jouent aussi un autre rôle, celui de marquer une frontière entre deux milieux différents ; entrer dans le jardin, c’est entrer dans un autre monde, celui d’un « paradis sur terre ». C’est pourquoi les entrées ne sont généralement par délimitées par des grilles mais plutôt par des bâtiments imposants pour signifier que l’on pénètre dans ce monde différent. C’est parfois très spectaculaire, comme au Jardin de Shâhzâdeh à Mâhân où l’on passe brutalement d’un environnent totalement minéral et brulant à un espace verdoyant et tempéré. 

La végétation dans le jardin persan se compose d’arbres à feuilles persistantes et caduques (cyprès, pins, platanes, agrumes), d’arbustes (avec ou sans fleurs), de buissons et de fleurs. Les arbres sont choisis pour fournir de l’ombre et participer à réduire le taux d’évaporation, ils participent au maintien d’un microclimat particulier dans un lieu entouré d’un environnement chaud et aride.

L'eau, enfin, y joue un rôle-clef pour l'irrigation bien sûr mais aussi esthétique et pour l’ambiance avec le bruit de l’eau qui coule dans les canaux ou qui retombe des jets d’eau. Elle est présente dans le bassin central, à l’intersection des deux axes, les fontaines, les ruisseaux et canaux. La pénurie d’eau a été contournée en développant les qanâts, ces tunnels souterrains qui acheminent sur des kilomètres l’eau de la fonte des neiges ou des nappes souterraines, des montagnes jusqu’aux jardins. Les plus anciens qanâts peuvent dater de la période achéménide (VIesiècle av. J.-C.).

Les jardins persans sont une source d'inspiration pour le dessin des tapis et des textiles, la peinture de miniatures et des ornementations architecturales, la poésie enfin. Ils sont manifestement des lieux particulièrement appréciés des Iraniens qui aiment à s’y promener, discuter, pique-niquer.


[1] Pierre Loti. « Vers Ispahan ». 1904.

[2] Gabrielle Van Zuilen. « Tous les jardins du monde ». 1994.

Roberto Bertolino. « Le jardin chez les Perses ». La revue de Téhéran. N°116. Juillet 2015.

[3] UNESCO. « Le jardin persan ». Liste du patrimoine mondial de l’Humanité. 2011.

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