Développement de l’architecture et de l’urbanisme

 

Iran Ispahan Place royale Mosquée

La dynastie safavide est la première dynastie iranienne musulmane qui, depuis la conquête arabe de la Perse en 637, réussit à établir un empire entièrement indépendant. Shâh Esmâïl (1487 / 1524), fondateur de la dynastie, proclame le chiisme duodécimal[1] comme religion officielle de l’Iran alors que jusqu’alors le pays avait été dirigé par des musulmans sunnites, Omeyyades, Abbassides, Samanides, Ghaznavides, Seldjoukides ou encore mongoles comme les Ilkhânides et les Timourides[2]. Shâh Esmâïl avait des origines géorgiennes, grecques, kurdes et azéries. Son père était le cheikh d'un ordre soufi [3] et un descendant direct de son fondateur kurde.

La reconnaissance du chiisme comme religion d’Etat donnera à l’Iran une identité particulière, unifiant les populations autour du détenteur du pouvoir royal qui devient également un chef religieux. Shâh Abbâs Le Grand (1571 / 1629) décida en 1581 de transférer sa capitale de Tabriz, jugée stratégiquement vulnérable, à Ispahan. Il ordonna la réalisation de grands travaux en faisant appel à des artistes d’origines différentes.

En architecture, la période safavide voit l’apparition de dômes de grandes tailles, de céramiques comportant sept couleurs, et d’inscriptions calligraphiques blanches sur fond bleu. La mosquée du Shâh, à Ispahan, construite à l’époque de Shâh Abbâs en est un brillant exemple. Le portail de la mosquée comporte un grand arc assez profond entouré de deux minarets ; la partie droite de l’iwan est une magnifique mosaïque au dessin somptueux alors que la partie gauche qui reproduit le même dessin est en carreaux de faïence (afin de terminer plus vite !). La cour, de taille réduite en regard de l’ampleur des édifices, est dominée par la coupole colorée de la salle de prière. Le décor, réalisé en céramique, a pour couleur dominante le bleu, mais aussi avec du jaune et du vert.

Mais c’est en matière d’urbanisme que l’innovation est la plus magistrale, avec la création d’une grande avenue rectiligne de près de trois kilomètres allant jusqu’au fleuve et à son pont, le boulevard Chahar Bagh (quatre jardins) au long duquel seront établies des institutions et des résidences de dignitaires étrangers.

« En France, vers la même date, le Pont-Neuf de Paris fut terminé, la rue Dauphine, la rue Saint-Martin furent percées mais les embarras de Paris étaient alors célèbres, les carrosses avaient commencé à circuler vers le milieu du XVIème siècle et souvent encombraient entièrement des rues qui n’avaient pas été prévues pour ce mode de locomotion. Il n’était pas encore question des vastes avenues de Versailles »[4].

Et, seconde innovation, la place Royale, un vaste espace rectangulaire, bordé d’arcades toutes semblables, au milieu desquelles sont positionnés des édifices majestueux. La place royale (Meidan-e Shah) est un ensemble homogène d'architecture urbaine, édifié dans un laps de temps assez bref (1602 / 1630), selon un plan cohérent et harmonieux, manifestement inspiré de celui des grandes mosquées iraniennes avec leur cour rectangulaire, bordée d’arcades, à quatre iwans. Une réalisation similaire, mais plus modeste, existe à Kerman (place Meydân-e Gandj-e Ali Khân). A Samarkand, en Ouzbékistan, la place du Registan (1619 / 1660) n’est toutefois pas une place fermée par des arcades bien qu’encadrée des imposants iwans de trois madrasas. L’avenue et la place constituent deux réalisations urbanistiques exceptionnelles en Orient où les villes ont généralement un parcellaire serré, sans dégagement, à I‘exception des cours des caravansérails. 


[1] Les Chiites duodécimains considèrent qu’il y a eu 12 successeurs à Mahomet, le douzième est actuellement occulté. Vivant dans un monde invisible, il est appelé l'imam caché, le « Mahdi », supposé revenir à la fin des temps. 

[2] Afsaneh Pourmazaheri, Esfandiar Esfandi . « La dynastie safavide - Des origines au crépuscule de l’empire ». La Revue de Téhéran. N°92. Juillet 2013.

[3] Le soufisme est une tendance ésotérique et mystique de l'islam. Il s'agit d'une voie d'élévation spirituelle par le biais d'une initiation et qui rassemble les fidèles autour d’une figure sainte. 

[4] Yedda Godard. « Ispahan et ses monuments à travers les siècles ». Conférence du 15 Mars 1936. La Revue de Téhéran. N°5. Avril 2006.

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