L’explosion des couleurs

 

Iran Shiraz Mosquée Vakil

L’énoncé des différentes « dynasties » qui se sont succédées en moins d’un siècle (et même 70 ans seulement !) souligne que le XVIIIsiècle a été des plus troublés en Iran, ce qui n’est pas nécessairement un gage de créativité architecturale, laquelle demande un minimum de temps calme entre la conception et la réalisation d’un édifice !

Les derniers shahs de la dynastie safavide semblent avoir prélevé des impôts de plus en plus lourds et persécuté les sunnites, aboutissant finalement à la révolte d’une tribu afghane, les Ghalzais, laquelle envahit la Perse de 1710 à 1722. La chute des Safavides devant les Afghans entraîna plusieurs années de guerre, de massacres et de pillages. 

C'est à l’issue de cette période qu'un militaire de la tribu des Afshârs du Turkmenistan, Nâder, accède finalement au pouvoir en libérant le pays de la domination afghane. En 1736, après qu'il eut repris la plupart des terres perdues par la Perse, il se fait proclamer shah et fonde une nouvelle dynastie, les Afshârs. Mais plutôt que d’assurer son pouvoir et la gestion du territoire, il se lance à son tour dans de nouvelles conquêtes et est finalement assassiné. Ses successeurs se feront la guerre entre eux, la dynastie se maintenant toutefois partiellement dans la province du Khorasan.

La dynastie des Zands, un des peuples nord-caucasiens du Daguestan, gouverne l’Iran à partir de 1749, avec Karim Khân Zand. C’était un des commandants de l’armée de Nâder Shâh Afshâr, l’accompagnant dans la quasi-totalité de ses expéditions, notamment celle au cours de laquelle ce dernier fut assassiné. Karim Khân Zand adopta comme titre celui de Vakil-o-Roâyâ (« représentant du peuple »), en écartant le titre de « roi ». Il fit de Shirâz sa capitale et s’efforça d’améliorer les infrastructures et l’apparence de la ville notamment en construisant une forteresse,  bâtissant ou rénovant le bazar, des hammams et des mosquées[1].

Construite en 1773 par Karim Khân Zand, la mosquée Vakil (traduit généralement par mosquée du Régent) de Shirâz présente un plan particulier parmi les mosquées iraniennes : sa cour est bordée d’alcôves en arcades et ne comporte que deux iwans en vis-à-vis, sur les côtés Nord et Sud, la cour est traversée par un long plan d’eau, et la mosquée est dépourvue de pavillon à coupole servant de salle de prière. Les iwans et les alcôves de la cour sont décorées avec des céramiques émaillées typiques de Shirâz. Il s’agit de carreaux polychromes utilisant sept couleurs. 

Le dessin aux différentes couleurs est peint sur des carreaux de faïence blanche, puis les carreaux sont cuits à 1050°. Si le rendu est moins éclatant, cela permet de mettre en valeur les dessins de bouquets de roses qui dominent dans la décoration car la ville de Shirâz en est la capitale. Dans la mosquée Vakil, si les mosaïques reprennent les thèmes safavides, c’est dans une gamme de couleurs où prédomine, à la différence des bleus, jaunes ou turquoise du siècle précédent, une association de jaune, de blanc et de rose, cette dernière couleur apparaissant au XVIIIsiècle dans les décors de mosaïques. Toutefois, dans la mosquée Vakil, la plupart des carreaux avec des motifs à dominante florale dateraient de l'époque qâdjâr.

« Des lignes architecturales d’une austérité et d’un calme absolus, mais partout un luxe fou d’émail bleu et d’émail rose, pas une parcelles de mur qui ne soit minutieusement émaillée ; on est dans un mélancolique palais de lapis et de turquoise, que, ça et là, des panneaux à fleurs roses viennent éclaircir »[2].

La grande salle hypostyle de la mosquée Vakil est soutenue par plusieurs rangées de colonnes torsadées aux chapiteaux à feuilles d’acanthe.


[1] Afsaneh Pourmazaheri. « La dynastie Zand - Aperçu historique général ». La Revue de Téhéran. N° 121. Décembre  2015.