Une architecture moins imaginative – Le poids de la présence occidentale

 

Iran Téhéran Palais du Golestan

Les Qâdjârs, ce qui signifierait en turc « qui marche rapidement », sont à l’origine une tribu d'éleveurs nomades turcophones anciennement installés au nord de la Perse. Après la mort de Karim Khân de la dynastie Zand, Agha Mohammad Khan, eunuque châtré à l’âge de 10 ans par Karim Khân, réunifie l'Iran. Vers 1794, il a finalement éliminé ses principaux rivaux et étendu son pouvoir sur la Géorgie et dans le Caucase. Mais, tout au long du XIXesiècle, les Qâdjârs vont être confrontés aux ambitions russes et britanniques. Les premiers essayent d’étendre leur domaine d’influence en direction du golfe Persique et en Asie centrale, alors que les seconds veulent protéger les routes vers l'Inde… et l’Iran est au carrefour de ces deux zones d’influence !

L’Iran va être livré au pillage des puissances et des monopoles étrangers par des souverains assez peu respectueux des intérêts de leur pays. Nâssereddin Shâh, qui règne de 1848 à 1896, va accorder en échange d’emprunts, toute une série de concessions aux Russes et aux Anglais lesquels vont mettre le pays en coupe réglée. Aux Anglais, il donne le monopole de la navigation sur le fleuve Karoun, la concession de la Banque Royale qui a le monopole de l’impression des billets de banque, les bénéfices de la poste, du télégraphe et des douanes du Sud de l’Iran, ainsi que le monopole de l’exploitation du pétrole du Sud de l’Iran. Aux Russes, il accorde le monopole de la pêche, c’est à dire du caviar, dans une partie du littoral iranien de la mer Caspienne, l’autorisation de créer en Iran une Banque, la création de la Brigade Cosaque formée par des militaires russes, les bénéfices des douanes du Nord de l’Iran. Certaines régions sont séparées de l’Iran et entrent dans les zones d’influences des Anglais (l’Afghanistan et une partie du Baloutchistan) ou des Russes (régions de Marv, de Bactriane et le nord-est de la province du Khorāsān).

Le palais du Golestân a été construit à l’origine par la dynastie safavide dans la ville historique fortifiée alors que Téhéran n'était encore qu'une petite ville de province. Il fut complété de nouvelles constructions et d’extensions au XIXsiècle, quand il fut choisi pour être la résidence royale et le siège du pouvoir des qâdjârs[1]. Construit autour d’un jardin, le palais du Golestân est en fait composé de huit groupes de palais, utilisés aujourd’hui comme musées. L’ensemble a profondément été remanié au cours du XIXe, puis du XXsiècle sous les Pahlavis, les trois quarts ayant été démolis et remplacés par de nouvelles constructions. En face de l'entrée, précédé d'un bassin, se dresse uniwan tapissé de miroirs, de vitraux et de peintures (Iwan Takht-e Marmar), ouvrant sur la salle du trône de marbre. L’Iwan a partiellement conservé son aspect d’origine, de l’époque de Karin Khân de la dynastie kurde des Zands (1705 / 1779), bien qu’il soit désormais fermé par une façade de bois et de verre.Le Talar-e Salam, édifié de 1874 à 1882 et conçu à l'origine comme un musée d'inspiration européenne par Nasseredin Shah, a été ultérieurement utilisé pour les cérémonies d'apparat avec, au premier étage, la Salle des miroirs inspirée de la Galerie des glaces de Versailles où le dernier chah d'Iran se fit couronner en 1967.

Le palais du Golestân apporte un témoignage sur les réalisations artistiques et architecturales de la période qâdjâr, laquelle a été confrontée à la prééminence mondiale de l’art européen. Le résultat est curieux et, à mon avis, pas très heureux par l’introduction dans les traditions perses de formes architecturales européennes lesquelles, à l’époque, étaient très médiocres, académiques, imitant piètrement en les alourdissant beaucoup les formes architecturales européennes des périodes antérieures, grecque, romaine, romane, gothique, renaissance ou baroque, quand elles ne les mélangeaient pas ! Cette période marque un certain déclin de l’architecture iranienne et les mosquées perdent en finesse et en beauté. Les mosquées les plus connues de cette période sont la mosquée de Nasir ol-Molk à Shirâz, et la mosquée d’Aghâ Bozorg à Kâshân[2].

Toutefois l’existence d’une vie de cour fastueuse pendant la dynastie des Qâdjârs a, semble-t-il, permis le maintien de traditions artistiques raffinées pour les objets d’apparat, peinture, dessin, calligraphie, joaillerie, émaux, tapis, costume et armes[3].


[1] UNESCO. « Palais du Golestan ». Liste du patrimoine mondial de l’Humanité. 2013.

[2] Yâsaman Borhani. « Aperçu sur les développements architecturaux des mosquées en Iran ». La Revue de Téhéran. N° 137, avril 2017.

[3] Louvre-Lens. Exposition « L’empire des roses - Chefs-d’œuvre de l’art persan du 19esiècle ».28/03-23/07/2018.

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